Interview : Todd Anderson

Bon­jour à tous et à toutes. Cette fois, je vous pro­pose de décou­vrir l’in­ter­view de Todd Ander­son, auteur dont j’édite le livre Le Sys­tème.

Todd Anderson

Todd, votre roman Le Sys­tème sort le 8 octo­bre. Il s’agit d’une antic­i­pa­tion qui va vers l’Utopie. Pou­vez-vous nous présen­ter votre roman ?

Le Sys­tème est en effet un roman d’anticipation qui com­mence comme un thriller avec une course pour­suite, puis con­tin­ue sur des modes dif­férents tout en préser­vant et ali­men­tant le sus­pense jusqu’au bout. De quoi par­le-t-il ?  De notre époque, même s’il essaie d’anticiper un peu, avec ses men­aces écologiques, mais aus­si tech­nologiques. La géné­tique, la sur­veil­lance, le tran­shu­man­isme… Mais nous ne sommes pas dans 1984 ou dans Le meilleurs des mon­des, la société que je décris  est très proche de la nôtre (qui il est vrai ressem­ble de plus en plus à celle d’Or­well)  et surtout présente  quelques failles dans lesquelles on peut encore s’engouffrer pour créer un avenir viable.

Couverture Le Système

Qu’est-ce qui vous a don­né envie d’écrire une utopie ? D’où vous est venue l’inspiration ?

J’ai écrit une utopie parce que j’aspire à une société meilleure, prob­a­ble­ment, et souhaite apporter ma con­tri­bu­tion, aus­si mod­este soit-elle. Les insti­tu­tions peu­vent chang­er, et l’humanité dans son ensem­ble me parait per­fectible, à con­di­tion qu’on lui donne sa chance. Il n’y a pas de fatal­ité, tout est affaire d’éducation, de trans­mis­sion et d’organisation. Mais ces change­ments ne peu­vent advenir sans une bonne gou­ver­nance pour nous aider. Et celle-ci aujourd’hui fait défaut. Manque de volon­té sûre­ment, mais peut-être aus­si sen­ti­ment d’impuissance… En fait, on se sent tous plus ou moins  piégés dans le sys­tème. Ce qui, je crois, est une erreur. On peut en sortir.

Todd Ander­son est un nom de plume. Pourquoi avoir choisi de ne pas utilis­er votre vrai nom et pourquoi celui-ci ?

Ce pseu­do  est né de l’idée qu’un nom à con­so­nance anglo-sax­onne pou­vait avoir un autre impact. Déjà auprès des édi­teurs. C’est un peu idiot bien sûr, et cela mon­tre aus­si com­bi­en j’avais peu con­fi­ance en mon texte… Ceci-dit, j’ai fini par m’attacher à ce pseu­do emprun­té au Todd du Cer­cle des poètes dis­parus, ce jeune homme très réservé, assuré­ment le moins auda­cieux de la bande. Pour­tant, c’est lui qui à la fin se lève et entraine les autres dans sa fronde. Je crois que je suis un peu comme ça…

Vous avez com­mencé par autoéditer Le Sys­tème, avant de sign­er avec les édi­tions de la Goutte d’Étoile. Pourquoi ce revire­ment ? L’autoédition n’était pas faite pour vous ?

En fait non, je n’ai pas com­mencé par m’autoéditer. J’ai d’abord envoyé mon texte à un pan­el d’éditeurs qui tous l’ont refusé,  ou ne m’ont pas répon­du. Alors, je me suis tourné vers l’autoédition pour dis­tribuer mes livres  dans mon petit cer­cle de con­nais­sance. Et là, sur­prise, il a été bien accueil­li dans l’ensemble. J’ai sen­ti chez cer­tains lecteurs plus qu’une adhé­sion polie ou de cir­con­stance. Un véri­ta­ble ent­hou­si­asme, de l’engouement. Cer­tains ont  lu les quelques qua­tre cent cinquante pages en trois ou qua­tre  jours. Je me suis dit alors que ce roman pou­vait ou devait ren­con­tr­er un pub­lic plus large. Je l’ai donc envoyé à de nou­veaux édi­teurs par­mi lesquels se trou­vait La Goutte d’Étoile qui a souhaité le pub­li­er. Et c’est bien ain­si, parce que je ne suis pas vrai­ment prêt  pour l’autoédition. En ce domaine, il faut savoir com­mu­ni­quer, être présent notam­ment sur les réseaux soci­aux. Ce que je ne sais pas faire.

 Vous avez sor­ti d’autres livres, mais sous votre vrai nom. Souhaitez-vous nous en parler ?

J’ai écrit mon pre­mier roman il y a plus de trente ans. Et depuis, je n’ai cessé d’écrire, même si en défini­tive je n’ai pas pro­duit beau­coup de livres. Pen­dant longtemps, j’ai fab­riqué moi-même mes bouquins avec du beau papi­er, à l’aide d’une imp­ri­mante et d’un cousoir. Il me fal­lait plus d’une heure pour façon­ner chaque livre, c’était de l’ouvrage à l’ancienne qui récla­mait toute ma dili­gence, mais à la fin, ceux-là étaient très beaux avec leur cou­ver­ture à rebord et leur papi­er choisi. Plus beau, j’ose le dire, que ceux que l’on trou­ve ordi­naire­ment dans le com­merce. J’aimais beau­coup ce tra­vail, même s’il était très chronophage. Et puis en 2015, ô mir­a­cle, j’ai reçu un mail des édi­tions L’escarbille (aujourd’hui fer­mée). Elles souhaitaient éditer mon roman Les passeurs… Une nou­velle aven­ture com­mençait, émail­lée là aus­si de fructueux échanges, qui nous a con­duit finale­ment au salon du livre de Paris.

Couverture Les passeurs

Todd Ander­son sor­ti­ra-t-il d’autres livres ou bien la source s’est-elle tarie ? S’il y en a d’autres à venir, met­tez-nous l’eau à la bouche !

Assuré­ment, si la vie le per­met, je con­tin­uerai à écrire. Sous mon vrai nom ou sous pseu­do, je ne sais pas. Un peu comme vous, Mar­jo­laine, j’ai des pro­jets à la pelle, beau­coup de chantiers ouverts. Trop. Je me dis­perse, si bien qu’aucun n’avance comme je le souhait­erais. Il y a tou­jours eu en moi  un désir d’écriture, provo­qué sou­vent par une lec­ture, un enchante­ment, mais aus­si par de l’indignation. Il me suf­fit de voir ce qu’on inflige à la nature ou aux ani­maux, par exem­ple, pour retourn­er à mes sty­los. C’est mon côté mil­i­tant. Et j’aime aus­si met­tre en mots les change­ments que je décou­vre en moi. Ain­si, je pense très sérieuse­ment à écrire une suite au Sys­tème. Mais je sais que c’est trop tôt car le Todd Ander­son qui doit écrire cette suite n’existe pas encore. Il me faut d’abord réalis­er Todd avant d’écrire ce texte. Je ne sais si j’y arriverai, il y a tou­jours de grandes incer­ti­tudes, mais aus­si des ressorts puis­sants qui poussent au change­ment. On saisit bien dans cette rela­tion toute la richesse de l’écriture. Cette inter­ac­tion per­ma­nente, cette cor­re­spon­dance inces­sante entre l’auteur et son tra­vail, que l’on retrou­ve en fait chez tous les artistes. On se con­stru­it au nom de l’art. Et l’art nous construit.

Revenons un instant à votre roman Le Sys­tème. Sans rien dévoil­er de la fin, êtes-vous un incor­ri­gi­ble opti­miste ? Pensez-vous qu’une fin de ce type puisse pren­dre corps dans la réalité ? 

Non, je ne suis pas vrai­ment opti­miste, car je crois vrai­ment que l’humanité est mal engagée, et que les temps à venir s’annoncent dif­fi­ciles. Mais j’ai un espoir. Ce qui est très dif­férent. L’espoir qu’un jour, nous saurons tir­er par­ti de nos erreurs et bâtir autrement. Et il me sem­ble que cet espoir n’a rien d’anodin, même s’il est comme une petite chan­delle à l’agonie. C’est lui et lui seul qui pour­ra ral­lumer la flamme dont nous avons tant besoin. C’est pourquoi faut-il  veiller pré­cieuse­ment sur celui-là et l’entretenir en lui don­nant un peu de matière pre­mière, comme j’ai essayé de le faire dans ce livre. Je pense que l’avenir, celui auquel nous aspirons,  est entre les mains des utopistes, ou des doux rêveurs comme on dit, même s’ils sont peu nom­breux,  car aucun pro­jet, aus­si per­ti­nent ou louable soit-il, ne peut se réalis­er en pléni­tude sans l’appel du cœur et l’adhésion sans réserve de l’esprit.

Enfin, l’incontournable : votre livre préféré, votre auteur ou autrice préféré·e ?

Cette ques­tion est plus dif­fi­cile qu’elle n’y parait. En fait, je n’ai pas vrai­ment de livre ou d’auteur préféré. En revanche, beau­coup de livres, bien sûr, ou d’auteurs ont comp­té et con­tribué à ma for­ma­tion, même si aujourd’hui je n’ai plus envie de les lire. Mais s’il faut en choisir un… ou plutôt deux, je dirais Shake­speare et Rilke. Un peu pour les même raisons. Cette com­préhen­sion du genre humain stupé­fi­ante asso­ciée à une richesse poé­tique elle-même stupé­fi­ante. Et si vrai­ment je ne devais emmen­er qu’un seul livre sur mon île déserte, ce serait tout de même celui-là : Les let­tres à un jeune poète. Parce que je pour­rai le lire et le relire, encore et tou­jours,  sans en épuis­er la beauté  ou l’enseignement.

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