Genre épistolaire

Copyright Marjolaine Pauchet

27 février 2022

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Lettre à mon neveu

 

Mon neveu. Tu as 8 ans. Assez grand, déjà, pour comprendre un peu, trop petit encore pour comprendre tout.

Mon neveu. Quand j’avais ton âge, j’ai reproché tant et tant à la génération de mes parents. Le monde était gris, il était sale, elle n’entendait pas les animaux pleurer, elle détournait les yeux des espèces qui disparaissaient. Ce monde où les enfants esclaves se comptaient par millions, où de ceux qui ont faim, qui ont mal, on faisait des expo pour parler du bien.

Dans ce monde aussi, mon neveu, on choyait l’Europe comme un rempart à la guerre, construite de haute envolée pour ne plus voir le sang couler. Dans ce monde où la disparition annoncée des loups, ces majestueux trésors que l’Histoire a tenté maintes fois de nous voler, ne bouleversait personne, cette génération-là essayait de nous apprendre que tout était bien, que le pire était derrière nous, qu’il n’y avait que cinq continents (sans doute que plus, cela ferait désordre), que l’Histoire nous servait de leçon. Une espèce de marché de dupes dans lequel nous n’étions pas si dupes que cela. Nous avions cru que lorsque ce monde serait nôtre, nous ferions mieux, mon neveu. Mieux que ce monde en gris qui saignait, qui criait et que tant ne voulaient pas écouter. Nous avions cru que nous ferions mieux que ce monde en gris, mon neveu.

Et pourtant, mon neveu, nous avons grandi dans un monde où l’Europe était un rempart à la guerre, où sa construction donnait lieu à des fêtes dans les cours d’écoles, où, par peur d’être montrés du doigt, les plus aisés de la haute sphère des grandes capitales se mobilisaient pour venir en aide, là à l’affamé de Somalie, là au réfugié du Darfour. Nous avons grandi dans un monde où la peur des attentats terroristes n’existait pas, où on n’apprenait pas aux enfants à se cacher sous la table ou dans un placard en cas d’attaque.

Je te demande pardon, mon neveu. Je pensais que ce monde en gris dans lequel j’ai grandi et tes parents aussi était le plus terrible. Je ne pensais pas, non, je ne pensais vraiment pas être de la génération qui ferait pire, un monde en noir. Un monde où les masses se dressent contre l’Europe, où elle n’est plus ce rempart protecteur contre ce goût immodéré du sang. Un monde où les plus aisés de la haute sphère des grandes capitales montrent du doigt ceux qui ont tout perdu, ceux qui ont faim, ceux qui ont peur.

Je te demande pardon, mon neveu, d’être de la génération qui a fait pire.

Mon neveu, de quelle génération seras-tu ? Dis-moi que tu seras d’une génération bleue. Dis-moi que tu seras d’une génération verte. Et puis tu sais, ces deux couleurs sont si proches qu’il existe des langues où il n’y a qu’un mot pour désigner les deux. Mon neveu, si tu savais, l’humanité peut être si riche parfois ! Mon neveu, s’il te plaît, dis-moi que tu seras d’une génération bleue, dis-moi que tu seras d’une génération verte. Parce que tu sais, mon neveu, le monde ne tolèrera plus d’autres écarts. Mon neveu, je ne savais pas que je serai de la génération noire, je t’en demande pardon de te faire ce monde-là, mais je sais qu’il ne tendra plus la main. Si notre génération ne met pas le point final à ce monde et que vous ne faites pas une génération bleue, une génération verte alors, mon neveu, ce monde mettra le point final à l’humanité.

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