La lignée de Mater : une précieuse invention

Genre : Nou­velle historique

Copy­right Mar­jo­laine Pauchet

Pierre taillée

La lignée de Mater :

une précieuse invention

(tome 3)

Tumi et les siens obser­vent avec dis­cré­tion des antilopes se désaltér­er à un point d’eau.

Ils se sont posi­tion­nés de façon stratégique pour aug­menter leurs chances de réus­site. Voilà cinq jours que le groupe n’a rien mangé. Kita et Ru sont gross­es. Le ven­tre de Kita, surtout, est lourd. Si lourd qu’elle ne par­ticipe plus à la chas­se. Il reste peu de lunes avant sa délivrance. L’une comme l’autre ne peu­vent se per­me­t­tre de rester plus longtemps sans manger. Dumaï qui allaite, n’aura quant à elle bien­tôt plus de lait pour son bébé.

Pour l’avenir de la troupe, cette chas­se doit réus­sir. Ils ne peu­vent revenir au camp sans nour­ri­t­ure. Une anti­lope va devoir mourir aujourd’hui pour que ce groupe appar­tenant à la lignée de Mater puisse vivre. Mater… qu’elle est loin. Presque aus­si loin que Celui qui bar­rit. Depuis la nais­sance des mots, ces singes étranges qui marchent debout, se nom­ment et le dis­ent ne sont plus des mâles et des femelles, mais des hommes et des femmes. Ain­si, ils se voient et se pensent autres.

Mais tout ceci est bien loin des con­sid­éra­tions de Tumi. Pour l’heure, elle est con­cen­trée corps et âme sur la chas­se. Elle sait par cœur ce qu’elle a à faire. Comme chaque mem­bre du groupe, elle s’est placée en con­séquence. Un grand bâton dans chaque main, c’est à elle de lancer l’assaut. Les autres sont armés de pier­res qu’ils jet­teront sur leur cible. Une des antilopes boite légère­ment. Une faib­lesse presque imper­cep­ti­ble de la pat­te avant gauche. Elle jette un œil aux autres pour s’assurer que tous l’ont repérée.

C’est bon.

D’un coup, elle se lève en cri­ant et en agi­tant les bras, bâtons au-dessus de sa tête pour paraître plus ter­ri­fi­ante. L’effet est immé­di­at : toutes les antilopes fuient. Aucune ne cherche à savoir quel est cet étrange et ter­ri­fi­ant ani­mal : il faut sauver sa peau.

Tumi pour­suit l’antilope blessée tout en con­tin­u­ant ses cris et ses ges­tic­u­la­tions. La bête court plus vite et dis­tance la jeune femme. Alors sur­git Chouan d’un four­ré, le jeune homme lui aus­si armé de bâtons qu’il bran­dit ter­ri­fie l’animal à son tour et le ramène dans la direc­tion souhaitée. Et voilà les autres mem­bres du groupe qui sor­tent de leur cachette et jet­tent sur la proie les pier­res qu’ils avaient pré­parées. Rom­pus à l’épreuve, ils font mouche presque à chaque fois. La peau se déchire, des os se brisent. Bien­tôt, l’antilope est à terre. Il est temps de lui don­ner le coup de grâce. Toto­gi s’approche. C’est l’homme le plus fort de la troupe. Il lève au-dessus de sa tête une lourde pierre. Si lourde que même Chouan ne pour­rait la porter. Il s’apprête à fra­cass­er le crâne de l’animal. Mais des hyènes, attirées par les cris de la chas­se et les cer­cles qu’effectuent déjà les vau­tours dans le ciel se ruent sur eux. Elles sont nom­breuses. Trop nom­breuses pour que la troupe ait une chance. Pour­tant ils doivent manger ! Cette proie est la leur ! Ils ne l’abandonneront pas ! Sans l’antilope, Kita, Ru et Dumaï per­dront leurs bébés.

Toto­gi se détourne de l’antilope pour jeter sa pierre vers les hyènes. C’est un mau­vais cal­cul : le cail­lou était trop gros, trop lourd. Il tombe lour­de­ment à quelques mètres à peine. Les cha­pardeuses ralen­tis­sent l’allure quelques instants, esquis­sent un léger détour avant de revenir aus­si vite et aus­si décidées qu’au début. Cha­cun récupère à terre les pier­res plus petites qui ont servi à la chas­se et les jette sur les rica­neuses en approche, mais elles sont trop nom­breuses. Tumi, tou­jours ses bâtons en main, les lance aus­si, sachant qu’ils ne fer­ont rien. Que faire de plus ?

Mais elle a tort : l’un des bâton se plante pro­fondé­ment dans l’épaule d’une des hyènes qui pousse un cri et s’effondre aussitôt.

Les cha­pardeuses ne renon­cent pas pour autant. Mal­gré l’insistance et la volon­té du groupe, l’antilope est per­due. Les hyènes ripail­lent bien­tôt sous les yeux de Tumi, Dumaï, Chouan et les autres, retranchés dans un trio d’arbres proche. À la nuit tombée, elles s’éloignent enfin et les mem­bres de la lignée de Mater peu­vent descen­dre de leurs branch­es. Ils auraient pu par­tir pour de bon, aban­don­ner la place lorsqu’il leur a fal­lu aban­don­ner l’antilope, cepen­dant ils n’ont pas tout per­du : les hyènes ne sont pas can­ni­bales et n’ont pas touché au cadavre de leur sœur. Les vau­tours, certes, se sont servis. Mais il en reste. Du moins, il en restera s’ils parvi­en­nent à chas­s­er les derniers volatiles à s’activer dessus.

Toto­gi prend alors les restes de l’animal sur ses épaules et tout le monde ren­tre au camp. Il n’y aura pas assez de nour­ri­t­ure pour tout le monde, mais il y en aura assez pour Kita, Ru et Dumaï. Les plus jeunes enfants auront aus­si leur part. Les autres mem­bres du groupe mangeront des racines, des baies et atten­dront une chas­se plus fructueuse.

Les jours qui suiv­ent, bien que son ven­tre ne la laisse pas en paix, Tumi réflé­chit au déroulé de la chas­se. Le bâton qu’elle a lancé, tou­jours plan­té dans la car­casse lorsque Toto­gi l’a ramassée acca­pare ses pen­sées. Tombé sur le chemin du retour, elle l’a ramassé et l’observe main­tenant avec attention.

Elle sait que le bois peut faire mal. Son petit frère est mort lorsque, s’abritant tous d’un orage sous un arbre, une lourde branche a cassé et lui est tombée sur la tête. Comme tous, elle a déjà eu des échard­es dans les doigts. Mais jamais elle n’aurait songé qu’un bâton puisse se planter comme une sim­ple écharde, que cela pour­rait être une arme.

Le bois pour­rait-il servir, lors des chas­s­es, non pas juste à effray­er, mais aus­si à tuer ?

Soudain, elle décide d’en avoir le cœur net. Elle se lève, grat­te la terre pour créer un mon­tic­ule meu­ble de la hau­teur d’un genou. Son ven­tre gar­gouille, il dit « non ». Elle a faim. Pas d’effort qui ne serve à le rem­plir. Elle le fait taire. Elle veut savoir. Puis elle va ramass­er plusieurs bâtons dans la forêt deux, trois, qua­tre, etc. Tous de tailles et de formes différentes.

Elle les ramène au mon­tic­ule et les lance un par un dessus. Cer­tains se plantent, d’autres non. Lorsqu’elle les a tous jetés, elle va les chercher et recom­mence, amélio­rant chaque fois son geste, com­prenant chaque fois un peu plus.

Lancer le bout qu’on veut planter en avant. Plus celui-ci est pointu, plus les chances de réus­sites sont grandes. Chouan vient la voir, curieux. Il aime bien Tumi. Elle est maligne. Elle a déjà trou­vé de bons abris pour la troupe. Et cette idée de brandir des bâtons en l’air lorsqu’on chas­se pour paraître plus grand, faire peur, pren­dre moins de risques, son idée, déjà. Chouan aime bien Tumi. Il com­prend ce qu’elle cherche, s’assoit et observe. Quand elle aura trou­vé, elle mon­tr­era aux autres mem­bres du groupe et alors ils pour­ront se défendre con­tre les hyènes, les fauves et même chas­s­er des proies plus effi­cace­ment. Peut-être en prenant moins de risques.

Après de nom­breux essais, Tumi vient s’assoir à côté de Chouan. Elle lui racon­te ce qu’elle a trou­vé : les bâtons peu­vent se planter dans la terre. Et s’ils se plantent dans la terre, ils sauront le faire dans la chair. Pour cela, il faut que le bâton ne soit pas moisi pour ne pas se bris­er dans les mains ou à l’impact, il doit être aus­si droit que pos­si­ble, il faut lancer le bout qu’on veut planter vers l’avant et vers le haut et il faut que ce bout soit pointu. Mais les bâtons ain­si faits sont rares et dif­fi­ciles à trou­ver. Tumi n’est pas cer­taine que ça en vaille la peine. Peut-être le temps passé à chercher ces pré­cieux bâtons sera-t-il trop long ? Peut-être qu’après tout lancer des cail­loux suf­fit pour se défendre et pour chasser ?

« Non ! »

Chouan s’insurge. Il n’est pas d’accord. La décou­verte de Tumi est impor­tante. Il ne veut plus avoir faim. Il ne veut plus se deman­der si la troupe passera l’hiver. Et puis, lui aus­si a une idée.

Il prend Tumi par la main, l’amène près de la riv­ière pour trou­ver un cail­lou. Il prend le pre­mier venu et amène Tumi auprès d’un arbris­seau. Là, il la lâche, attrape une branche et frappe le nœud avec la pierre. La branche se détache de la plante et il achève de l’arracher.

« Regarde, dit-il, voilà un bâton droit avec un bout pointu. »

Lorsque Tumi et Chouan revi­en­nent auprès du groupe, ils ont une révéla­tion à leur faire. Quelque chose qui sera bon pour le groupe, bon pour la lignée de Mater.

 

***

 

Gami, le petit-fils de Tumi et Chouan a hérité de ses grands-par­ents le goût de la com­préhen­sion du monde. Comme eux, il aime observ­er, analyser, com­pren­dre, déduire.

Comme eux, il sait tailler les branch­es des arbris­seaux pour faire des lances solides et efficaces.

Un matin, alors que la lumière renaît à peine, une brume épaisse annonce une journée humide. Tous le sen­tent. Le temps sera orageux. Mais à quel point, ils ne s’en doutent pas.

L’orage qui éclate quelques heures plus tard est un orage comme il y en a peu. Les élé­ments se déchaî­nent. La pluie, la grêle tombent en abon­dance. Les grêlons sont si gros qu’ils font mal, si nom­breux qu’ils recou­vrent tout d’un man­teau blanc comme si l’hiver était là, rude et froid. Pour­tant, c’est le print­emps, toute la nature le sait. Le ciel tonne encore et encore. La troupe est sous un abri sous roche, se pen­sant en sécu­rité, mais un éboule­ment tue deux d’entre eux et manque de pren­dre au piège Gami et le reste du groupe.

Ils fuient tous sous l’eau et la grêle. Les nuages n’en finis­sent pas de se dévers­er. Même lorsque la grêle cesse, la pluie con­tin­ue. Et le lende­main, lorsque enfin l’orage s’achève, le paysage est mécon­naiss­able. Le groupe n’a pour­tant pas par­cou­ru une si grande dis­tance, mais tous les cours d’eau sont sor­tis de leur lit. Il fau­dra atten­dre plusieurs jours encore avant que la décrue ne prenne fin.

Plusieurs jours. Sur les rares ter­res émergées, se côtoient pré­da­teurs et proies, tous réfugiés de la même peur de la mort.

Quand enfin l’eau se retire, Gami, curieux du spec­ta­cle, se rap­proche des berges du fleuve cou­vertes de roches char­riées par la crue. Il n’a pas l’habitude d’un tel spec­ta­cle. Mais plus encore que ces berges sans végé­ta­tion, cer­taines de ces pier­res l’attirent. Elles ont un aspect bizarre. Elles ne sont pas ron­des ou ovoïdes comme le sont d’ordinaire les galets des cours d’eau. Oh, certes, la plu­part des cail­loux qu’il a sous les yeux ont bien cette forme. Cer­tains autres cepen­dant sont brisés. Com­ment cela est-ce pos­si­ble ? Se seraient-ils brisés les uns les autres en se heur­tant ? C’est la seule expli­ca­tion plausible.

Kafi, une jeune femme du groupe vient le chercher. Il lui mon­tre ce qu’il a remar­qué. Cela le tra­vail sans trop qu’il sache pourquoi. Mais la troupe va par­tir en chas­se et par les temps qui courent, il faut rester grouper. Les pré­da­teurs aus­si ont faim.

Gami suit Kafi. Il tente de lui expli­quer qu’il y a quelque chose dans ces pier­res. Quelque chose de bon pour eux. Quoi ? Il n’en sait rien. Il y a quelque chose, c’est tout. Kafi aime regarder Gami se tri­t­ur­er la tête. Il la fait rire et sou­vent, ils essaient de com­pren­dre le monde qui les entoure ensem­ble. Avant d’être revenus auprès des autres, elle se tourne vers lui, l’embrasse et pose la main de Gami sur son ven­tre. Dans quelques lunes, leur enfant naî­tra. Les recherch­es de Gami devront atten­dre le retour de la chas­se. Pour don­ner le jour, Kafi doit manger. Gami sourit et oubli ses pier­res le temps de la chasse.

Grâce à sa grand-mère Tumi, ce n’est pas une sim­ple anti­lope qu’ils vont chas­s­er, c’est un zèbre. Un ani­mal bien plus gros et bien plus dan­gereux. S’ils réus­sis­sent, la troupe aura de quoi manger pen­dant de nom­breux jours. Voilà deux généra­tions que les bâtons longs et poin­tus ont rem­placé les cail­loux. Ils sont plus effi­caces et per­me­t­tent de pren­dre moins de risques. Ce soir, le zèbre mour­ra et la troupe mangera à sa faim. Demain, Gami pour­ra repren­dre l’étude de ses cailloux.

Réfléchissons.

Deux cail­loux qui s’entrechoquent se brisent.

C’est bien.

Pourquoi ?

Pourquoi ?

Gami ne voit pas. La solu­tion est là, sous ses yeux, il le sait, mais il ne trou­ve pas.

Deux cail­loux qui s’entrechoquent se brisent.

C’est bien.

Pourquoi ?

Gami décide d’essayer. Il prend deux galets ovoïdes sur la berge et les tape l’un con­tre l’autre. Rien. Il a besoin d’y arriv­er pour com­pren­dre. Il le sait. Alors il essaie encore et encore. Quand il s’agace, il jette les pier­res et en prend deux autres. Il s’énerve. Kafi rit. Son rire l’agace encore plus. Elle s’approche de lui, prend deux galets au hasard, choque l’un con­tre l’autre. Du pre­mier coup un éclat se détache. Kafi éclate de rire. Gami est vexé.

Il s’en va, puis revient quelques instants plus tard, calmé. Kafi est tou­jours là, en train de tailler son galet. Elle lui met dans la main, l’entoure de ses bras, lui saisit les siens pour lui mon­tr­er le geste. Pas si com­pliqué en fin de compte. « Un coup de chance. C’est moi qui l’ai eu, ça aurait pu être toi. » Gami sait enfin tailler. Les jours suiv­ants, il prend un tas de galets, retourne auprès du groupe et les taille tous, tra­vail­lant ses gestes comme Tumi en son temps. À une dif­férence près, Tumi savait ce à quoi servi­raient ces bâtons à lancer. Lui ignore tou­jours l’intérêt de ces cail­loux tail­lés. Et puis, alors que les­dits gestes sont devenus presque machin­aux, un faux mou­ve­ment et du per­cu­teur, il se frappe le pouce. Il crie de douleur. Kafi et les autres se pré­cip­i­tent. Le doigt est presque arraché.

Gami vient de décou­vrir de la façon la plus douloureuse qui soit l’efficacité de ces pier­res tail­lées pour tranch­er la peau, la chair, mais aus­si les ten­dons, le bois, etc. De là, les silex et autres out­ils tail­lés, comme les mots avant eux, se dévelop­per­ont au sein de toute la lignée de Mater. De là, la con­fec­tion de vête­ments, de couteaux, d’ornements, de flèch­es, etc.

Vêtus, les descen­dants de Mater n’auront plus besoin de leur pelage qui se raré­fiera. Mais bien avant cela, la lignée de Mater saura fab­ri­quer des out­ils qui l’aideront à s’adapter aux cinq continents.

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La lignée de Mater : l’odyssée des mots

Genre : Nou­velle historique

Copy­right Mar­jo­laine Pauchet

Grotte : l'odyssée des mots

La lignée de Mater :

l’odyssée des mots

(tome 2)

La troupe vient d’être chas­sée de son ter­ri­toire par la troupe voi­sine qui, deux fois plus grande, a besoin de plus d’espace pour nour­rir les siens.

Cela, au fond, importe peu. Le monde est grand et s’étend partout autour. Il y a tant d’endroits où les pas de la lignée de Mater ne se sont jamais posés. Elle, c’était il y a bien longtemps, il y a des mil­liers d’années déjà. Depuis, ses descen­dants marchent le dos droit, leurs bras se sont rac­cour­cis, leur bassin qui porte désor­mais les organes de leur corps s’est adap­té à la nou­velle pos­ture. Les jambes se sont allongées et surtout, les mains par lesquelles elles se finis­saient se sont trans­for­mées en pieds. Mater et les siens étaient des grimpeurs. Ils fuyaient les pré­da­teurs en mon­tant aux arbres. Mais si les arbres sont et res­teront tou­jours des refuges, ses descen­dants sont devenus des marcheurs. La course est leur arme. Ce n’est pas la seule. Les mains ain­si libérées, ils peu­vent jeter des cail­loux sur leurs pré­da­teurs, même debout, même quand ils marchent. Deux mains au lieu de qua­tre, oui, mais deux mains libérées pour de bon des con­traintes de la marche. Cette espèce-ci marche.

Cette troupe-ci marche.

Elle marche en quête d’un nou­v­el abri. Il défini­ra le cœur de leur nou­veau ter­ri­toire. Mais quel abri ? Dans cette région rocailleuse, où trou­ver l’endroit qui ne sera pas déjà pris par un pré­da­teur aux aguets ? Il fau­dra sans doute se bat­tre pour acquérir le site con­voité lorsque la troupe l’aura trou­vé. Ce n’est jamais bon de se bat­tre con­tre un pré­da­teur. Il y a sou­vent des morts.

Enfin, la troupe aperçoit ce qu’elle cherche. Là, sur le flan de cette colline, ne serait-ce pas un abri sous roche der­rière les deux gros arbres ? Mal­gré les mil­lé­naires qui ont passé, les descen­dants de Mater restent des singes : la présence d’arbres les ras­sure. L’abri con­tre la pluie, le vent et les ardeurs du soleil, les arbres con­tre les pré­da­teurs. Deux ou trois adultes s’approchent à pas dis­crets. D’instincts ils se bais­sent pour se faire plus petits. Ils sont aguer­ris et con­nais­sent les sons, les odeurs et les indices qui trahissent la présence d’un fauve, d’une meute de loups ou d’un ours. Et l’odeur est là, forte, leur instinct ne les a pas trompés. Per­ché sur une branche, le fauve repus digère son repas : une gazelle de belle taille qui lui fera encore plusieurs jours et dont les restes gisent sur une autre branche. Celle-ci témoigne de l’habileté et de la puis­sance du maître des lieux qui l’a mon­tée dans l’arbre à la seule force de ses mâchoires.

Avec la même dis­cré­tion, les trois repar­tent auprès de la troupe. Ils ne savent pas encore décrire ce qu’ils ont vu et ils étaient à con­tre vent : l’odeur du fauve ne les a pas imprégnés. Alors ils mon­trent la cica­trice qui a détru­it le vis­age du chef il y a des années de cela. C’était la mor­sure d’une bête sem­blable. Tout le monde com­prend et tout le monde sait ce qu’il faut faire, con­naît son rôle. Les uns s’approchent par la droite, les autres par la gauche. Cha­cun ramasse une pierre ou deux sur son chemin. Ils avan­cent à pas feu­trés, puis se ruent sur l’arbre en hurlant et en jetant des pier­res sur l’animal. Prit de panique, il tente de rejoin­dre les branch­es les plus hautes, mais les pier­res le font chuter. Ter­ror­isé, il veut fuir, impos­si­ble, il est encer­clé. La par­tie n’est pas encore gag­née : acculé, le fauve est plus dan­gereux que jamais. Il se jette sur l’un de ses assail­lants qui esquive l’attaque de peu. À ce moment-là, l’animal pour­rait fuir, enfin, mais une pierre l’atteint à la tempe et, brisé dans son saut, il s’effondre. Mort.

Le soir, la petite troupe fes­toie : ils ont un nou­v­el abri, le ter­ri­toire qui va avec, à manger pour plusieurs jours et surtout, ils ont affron­té le fauve sans que nul ne soit blessé ou tué. Enfin, ils s’endorment là dans cet antre qu’ils ont si vail­lam­ment conquis.

Au lende­main, les nuages emplis­sent tout le ciel. Ils sont lourds, ils sont gris. Bien­tôt, un éclair déchire l’air, le ton­nerre gronde et les gouttes d’eau s’effondrent par mil­liards sur le monde de la troupe. Peu lui importe : elle est au sec et la pluie ne dur­era pas : ce n’est pas la sai­son du froid. Aujourd’hui pour­tant, le ciel est enragé et un nou­veau coup de ton­nerre fait tout vibr­er. L’orage s’acharne, voilà encore un éclair qui cette fois fend en deux un des arbres, le trans­for­mant en torche sous les yeux hor­ri­fiés des mem­bres de la troupe. Ils se pré­cip­i­tent au fond de l’abri et cri­ent de peur. Il n’y a rien à faire de plus. Bien sûr, ils savent que le feu n’aime pas l’eau. Pour­tant, il en tombe de partout et ce feu-là résiste, il est plus fort ! Une des moitiés finit par s’effondrer dans l’abri, léchant presque leurs corps, rous­sis­sant leurs pelages. Ils sont ter­ror­isés. L’un d’eux, un jeune mâle, au fond, con­tre la paroi, sent un trou der­rière sa main. Mal­gré la ter­reur qui l’anime, il parvient à détourn­er le regard du brasi­er et décou­vre une grotte. Il tape sur les épaules des autres pour les prévenir, mais il fait beau­coup trop noir là-dedans. L’antre de la terre mère est un monde obscur et froid, sans lune, sans étoile où il n’y a jamais ni vie ni lumière. Il n’est pas fait pour la lignée de Mater. Le jeune mâle voudrait leur expli­quer qu’ils y seront à l’abri, que le feu ne les y suiv­ra pas, car lui aus­si craint l’obscurité. Aucun mem­bre de la troupe ne veut com­pren­dre ses vocalis­es et il s’engouffre seul dans le trou.

Dans la grotte, ses yeux ne voient rien et il tend ses bras en avant pour ne pas entr­er en col­li­sion avec la paroi. D’un coup, le sol se dérobe, il n’y en a plus et il tombe, il tourne boule à n’en plus finir con­tre la roche sail­lante. Durant les quelques sec­on­des que dure sa chute, il com­prend la peur de la troupe. Pourquoi ne les a‑t-il pas écoutés ? Le ven­tre de la terre mère n’est pas fait pour la lignée de Mater. C’est le monde de l’obscurité. Enfin, la chute s’arrête. Il a mal partout, ses os sont brisés. Mais pas ses bras ni ses jambes. Alors il tâtonne autour de lui et com­prend qu’il peut se relever. De là où il est, il ne voit plus la sor­tie : le noir est total. Il appelle sa troupe à l’aide. Aucun des mem­bres ne lui répond, mais quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui est peut-être, comme lui, blessé et per­du dans le ven­tre de la terre mère, tant le cri ressem­ble au sien. Il appelle encore. Encore. Et tou­jours cette réponse iden­tique en un peu plus faible. Cette réponse ? Non, ces répons­es ! Car il y en a plusieurs. Ils sont nom­breux à être blessés et per­dus comme lui, à dif­férentes dis­tances dans le fond de la grotte. Mais jusqu’où va-t-elle ? Enfin, un mem­bre de la troupe lui répond. Cette fois, il en est sûr, il recon­naît la voix. Et quelqu’un d’autre, encore fait la même réponse. Et quelqu’un, et quelqu’un. Qu’est-ce que cela veut dire ? Il crie à nou­veau. Et pen­dant que le mem­bre de la troupe lui répond, les autres blessés cri­ent une nou­velle fois comme lui. La réponse aus­si est mul­ti­ple. Qu’est-ce que cela veut dire ? Il y aurait plusieurs troupes en haut ? Avec le feu, impos­si­ble. Il com­mence à avoir peur, change de vocalise, les autres blessés font le même change­ment. Com­ment cela se peut-il ?

Serait-ce sa pro­pre voix que le jeune mâle entend ? Le ven­tre de la terre mère reflèterait-il les voix comme l’eau calme reflète les vis­ages ? La lignée de Mater vit dans un monde où tout est sens. Et il vient à l’idée du jeune mâle que l’eau calme ne reflète pas que les vis­ages, elle reflète tout. Des plus hautes mon­tagnes à l’arbre qui bor­de ses rives. Si le ven­tre de la terre mère reflète sa voix comme l’eau reflète les vis­ages, peut-être que les autres sons sont reflétés aus­si. Il plie son corps douloureux et cherche une pierre à tâtons. Il ne trou­ve que des grav­il­lons qui, en tombant, ne font pas assez de bruit. Alors il a l’idée d’imiter un ani­mal. Il com­mence par rugir comme le fauve de la veille. Puis il hen­nit comme un zèbre. Le rugisse­ment et le hen­nisse­ment revi­en­nent plusieurs fois, comme ses cris tout à l’heure. Cette fois, plus de doute : aucun zèbre ne pour­rait se trou­ver dans la grotte. C’est donc bien sa pro­pre voix qu’il entend.

Il appelle les autres, on lui répond et, guidé par leur voix, il grimpe ce qu’il a dévalé tout à l’heure. Tout son corps le fait souf­frir, à com­mencer par ses côtes qui doivent être cassées. Qu’importe. Il est trop pressé de revoir la troupe pour leur mon­tr­er ce qu’il a découvert.

Arrivé en haut, il retrou­ve l’arbre qui achève de se con­sumer et le reste de la troupe, stupé­fait par ces ecchy­moses. Le feu n’est plus une men­ace et si per­son­ne n’ose s’en approcher, la peur a quit­té les esprits. Aus­si, tous sont tournés vers le jeune mâle, espérant com­pren­dre. Il essaie de les attir­er dans la grotte, les prend un à un par le bras pour les amen­er, vocalise. Non, per­son­ne ne veut le suiv­re. Le ven­tre de la terre mère n’appartient pas à la lignée de Mater. Il vocalise à nou­veau, aucun ne com­prend. Il imite le lion puis le zèbre. Tous se retour­nent ter­ri­fiés, pen­sant qu’il les prévient que le ter­ri­ble pré­da­teur est là. Rien. Pourquoi ? Pourquoi a‑t-il rugit sans rai­son ? Tous sont furieux. On n’imite pas le pré­da­teur quand celui-ci n’est pas là. Per­son­ne ne com­prend. Le jeune mâle est exclu de la troupe pour le reste de la journée.

Le temps passe. Seul, il redescend tous les jours pour appren­dre à imiter à la per­fec­tion les ani­maux. Bien­tôt, il rugit, il bar­rit, il hen­nit… Qui saurait dis­tinguer ses cris de ceux des ani­maux ? Plus per­son­ne désor­mais. Le jeune mâle est un singe. Sa face pos­sède des dizaines de mus­cles pour com­mu­ni­quer grâce aux expres­sions du vis­age, ses lèvres sont char­nues et mobiles, sa gorge même sem­ble être faite pour pro­duire et repro­duire tous les sons. Dans la grotte, il toni­true comme le ton­nerre, rugit comme le lion ! Il joue avec sa voix et l’apprivoise à l’infini. Ce faisant, il est de plus en plus isolé : car per­son­ne ne veut le suiv­re, per­son­ne ne veut comprendre.

Un jour, on l’appelle pour une chas­se. Il remonte. Suit la troupe. Des éclaireurs ont repéré un trou­peau de buf­fles. Ces ani­maux sont puis­sants et dan­gereux, surtout quand ils ont des petits à défendre. Ne s’y attaque pas qui veut. Mais la troupe a faim. Arrivés sur place, ils cherchent des pier­res au sol dont ils pour­raient s’armer. Peine per­due : les buf­fles sont dans la plaine. Les chas­seurs con­nais­sent l’endroit : non loin se trou­ve une riv­ière. Ils s’y diri­gent dis­crète­ment, espérant trou­ver sur ses berges ce dont ils ont besoin. À peine sont-ils arrivés, qu’un fauve caché dans les four­rés saute sur l’un d’eux. Le chas­seur crie, autant de peur que de douleur, car déjà les griffes du fauve lui lacèrent la chair. La jugu­laire tranchée d’un coup de dent, il se vide de son sang sous les yeux de ses amis ter­ri­fiés qui ne trou­vent que des bouts de bois à jeter sur l’animal. Celui-ci déjà, est prêt à pren­dre une nou­velle proie. C’est alors que le jeune mâle a une idée : il se met à bar­rir aus­si fort qu’il le peut. Tous se retour­nent pour voir où est le pachy­derme. Mais où est-il ? Le jeune mâle bar­rit une nou­velle fois et encore. Le lion, lui-même, s’aplatit de peur. Serait-ce pos­si­ble que ce soit ce singe étrange qui marche debout qui bar­risse ? Le bar­risse­ment est impres­sion­nant de réal­isme et le lion, ter­ri­fié, ne sait quel par­ti pren­dre de celui de l’attaque ou de la fuite. Pour­tant, face à pareil ani­mal, il n’est pas de taille, il le sait. Enfin, il aban­donne les lieux et fuit devant le reste de la troupe, médusée.

Leur com­pagnon est mort. Cepen­dant, la troupe ne sait se laiss­er aller à la tristesse. Le jeune mâle leur a sauvé la vie. Il n’a fait qu’imiter le monde ani­mal, c’est un début. Désor­mais, les mem­bres de sa troupe le suiv­ent dans le ven­tre de la terre mère pour décou­vrir comme lui le reflet de leur voix et appren­dre à la manier. Savoir imiter les ani­maux est une arme pour la chas­se, ils l’ont vu et bien­tôt, les dif­férents cris ne désig­nent plus seule­ment les bêtes qui les poussent, mais aus­si celui ou celle qui l’imite le mieux. Ain­si, il y a Celui qui bar­rit, Celle qui rugit, Celui qui hen­nit… Pour la pre­mière fois, cha­cun acquière un prénom. Cha­cun est nom­mé. À présent, on n’appelle plus n’importe qui, mais quelqu’un en par­ti­c­uli­er. La facil­ité de com­mu­ni­ca­tion que cela per­met révo­lu­tionne la vie de la troupe qui bien­tôt com­pren­dra l’utilité de nom­mer chaque chose. Ain­si nais­sent les pre­miers mots.

Le lan­gage n’est pas encore com­plexe, mais grâce à la décou­verte du jeune mâle, il est artic­ulé. La grande odyssée des mots à laque­lle pren­dront vite part tous les mem­bres de la lignée de Mater ne fait que commencer…

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Mater : Naissance d’une lignée

Genre : Nou­velle historique

Copy­right Mar­jo­laine Pauchet

Mater

Mater :

Naissance d’une lignée

(tome 1)

 

Quelque part en Afrique, il y a très longtemps…
Un groupe de singes se réveille au matin, per­chés dans les branch­es d’un arbre cen­te­naire. La nuit a été longue.
Au soir, un groupe rival a attaqué et la bataille a duré plusieurs heures… Des corps inertes gisent au sol. Les pré­da­teurs s’en sont repus toute la nuit et n’ont pas fini.
Des ques­tions ter­ri­to­ri­ales, can­ni­bales, aussi.
Par­mi les sur­vivants de ces ter­ri­bles heures, une jeune femelle enceinte. Le stress et les émo­tions de la nuit ont déclenché chez elle les pre­mières douleurs de l’en­fan­te­ment. Elle attrape une branche, son ven­tre se con­tracte, elle la serre.
Elle pousse aus­si fort qu’elle le peut. Bien­tôt, la tête sort et puis le petit être est dans ses bras. Elle mange le cor­don qui le relie tou­jours à elle et l’ap­proche de son sein gorgé de lait. C’est une femelle.

Les semaines et les mois passent. La petite femelle grandit, lâche peu à peu les poils de sa mère pour s’a­muser avec les autres jeunes de son âge. Comme tous, et con­traire­ment aux adultes, elle marche debout.
Marcher ? Courir surtout !
C’est de son âge… Se chas­s­er, se pour­chas­s­er, s’at­trap­er, se jeter des bâtons, se faire tomber, éclater de rire…
Les ami­tiés se tis­sent, les clans dans le clan. La hiérar­chie naît, reprend celle des parents.
Mater grandit encore. Au-delà de ses affinités, elle se sent dif­férente. Quelque-chose en elle la dis­tingue des autres. Tan­dis qu’elle approche pas à pas de l’âge adulte, ses bras, comme ceux de ses amis, s’al­lon­gent. Leurs dos se courbent, les mains touchent le sol.
À présent, les amis de Mater, comme les adultes, marchent sur leurs qua­tre mem­bres. Mais son dos à elle ne s’est pas cour­bé, son cou est resté droit. Mater con­tin­ue de marcher debout.
Mater est dif­férente. Elle n’est pas bien grande et surtout, elle marche comme les plus jeunes.
Alors c’est ain­si que les mem­bres de la troupe la trait­ent désor­mais. Mater est à part. Son corps, à sa façon, refuse de vieil­lir. Bien vite, elle devient l’omé­ga. La con­cer­ta­tion est inutile. Tous sont d’accord.
Et quand le désir d’être mère lui vient, aucun mâle ne veut d’elle. Ses amis d’hi­er sont ses harceleurs d’au­jour­d’hui. Son pelage se ter­nit. Per­son­ne pour l’épouiller ou l’aider à faire sa toi­lette. Pour tout, elle est seule. Seule, elle grimpe sur sa branche, se met à l’abri des pré­da­teurs. Impos­si­ble de se con­stru­ire un nid de feuilles sans les autres. La sai­son des pluies arrive. Trem­pée, elle trem­ble de froid. Elle tente de se rap­procher du groupe pour béné­fici­er de leur chaleur cor­porelle et se sen­tir moins seule.
Ils la chas­sent, la rudoient, la bat­tent, la mor­dent. Toute la forêt résonne de leurs cris. Son sang coule. Mater, silen­cieuse, retourne sur sa branche pour panser ses plaies, puis tente comme elle le peut d’arranger le sem­blant de nid qu’elle s’est construit.

Le lende­main, arrive un jeune mâle dans leur coin de forêt. Soli­taire, il a quit­té la troupe dans laque­lle il est né, chas­sé par son père qui voy­ait en lui un rival. Le jeune mâle n’est pas agres­sif et ne demande qu’à s’in­té­gr­er à la troupe. Sera-t-il accepté ?
Les mâles du groupe ne désirent pas plus sa présence. Ils le chas­sent avec vio­lence. Le mes­sage est clair : on ne veut pas de lui ici. S’il insiste, il sera tué. Il le sait. Pour­tant, il reste en retrait, à quelques arbres de dis­tance. Il a repéré une petite femelle esseulée. Elle lui plaît. Mater lui plaît. Il la voit descen­dre au sol. Elle n’est pas bien grande et surtout, sa démarche n’a rien de naturelle, elle est étrange. Elle marche debout, comme les plus jeunes. Qu’im­porte. Mater lui plaît. De loin, dis­cret, il l’observe.
Pen­dant que le dom­i­nant grig­note, occupé, tan­tôt à reni­fler son repas, tan­tôt à regarder sa favorite ou les oiseaux dans les arbres, décidé­ment bien bruyants aujour­d’hui, un sub­or­don­né lui chipe sa nour­ri­t­ure. Une course pour­suite com­mence, mêlée de cris et de peur. Toute la troupe s’agite. Mater, dans son coin, observe sans pren­dre part, jamais. Se serait ris­quer plus de coups encore que le fautif.
Le jeune mâle prof­ite de la diver­sion et se pré­cip­ite sur elle. Habituée à être rudoyée, elle crie à son tour, fuit, tout en frap­pant l’in­trus. Mais bien­tôt elle com­prend, l’im­por­tun ne lui veut aucun mal. Mater s’adoucit et se laisse reni­fler. Elle reni­fle à son tour, puis il lèche ses plaies.
Le dom­i­nant qui en a fini avec le lar­ron les aperçoit et leur fonce dessus. Mater et le jeune mâle sont chas­sés par tout le groupe. Pour de bon.
Cette fois, Mater n’a plus de foy­er, plus de troupe. Isolée comme elle ne l’a jamais été. Croit-elle ? Le mâle est là.
À deux, ils ne seront plus seuls et il saura être accep­té pour com­pagnon. Ensem­ble, ils fonderont une nou­velle troupe. Une troupe dont ils seront les alphas. Bien­tôt, le ven­tre de Mater s’ar­rondit enfin.
Ses descen­dants marcheront debout.

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