Différencier ta, t’a et tas

Certaines personnes ont du mal à différencier les homophones ta, t’a et tas. Voyons tout de suite comment les reconnaître.

Chien à la fenêtre

Ta

Il s’agit d’un adjectif possessif féminin singulier. On peut le reconnaître en le remplaçant par ton qui est son équivalent masculin.

Exemple : Ta décision est la bonne. => Ton choix est le bon.

T’a

Il s’agit du pronom personnel te qui a subit l’élision, suivi du verbe avoir conjugué à la troisième personne du singulier (il, elle, on). On peut changer le temps pour le reconnaître.

Exemple : Il t’a demandé d’ouvrir ta fenêtre. => Il t’avait demandé d’ouvrir ta fenêtre.

Tas

Il s’agit d’un nom masculin qui signifie un amoncellement de quelque chose.

Exemple : Ce tas de linge sale est impressionnant. Fais ta lessive !

Bouton pour découvrir mes livres

Les cris des animaux

Le chat miaule et le chien aboie. Oui, mais après ? Comment appelle-t-on les cris des autres animaux ?

Quel est le cri du tigre ?

Avancer de commencer, il est important de noter que la plupart des animaux ont plusieurs cris et que tous les animaux ne sont pas cités ici.

Commençons par quelques simples :

Le cheval hennit.
La poule glousse.
L’éléphant barrit.
Le tigre miaule.
La chouette hulule.
La brebis bêle.
La baleine chante.
Le cerf brame.
La chèvre bêle.
Le crapaud coasse.
La vache beugle.

Et encore quelques autres :

La perruche jabote.
L’aigle glatit.
Le phoque bêle.
La pie agasse.
Le pingouin brait.
Un passereau zinzinule.
Le rat couine.
Le renard glapit.
La sauterelle stridule.
La souris chicote.
Le crocodile vagit.
L’âne brait.
Le rhinocéros barète.
Le porc braille.
L’otarie rugit.
L’ours grogne.
L’oie cacarde.
La marmotte siffle.
Le lièvre couine.
Le lapin clapit.
L’hippopotame grogne.
La grue claquette.
L’hirondelle gazouille.
Le goéland pleure.
Le faucon réclame.
Le coucou coucoule.
Le corbeau croasse.
Le chacal aboie.
La buse miaule.
L’albatros piaule.

Bouton pour découvrir mes livres

La lignée de Mater : La douleur comme inspiration

Genre : Nouvelle historique

Copyright Marjolaine Pauchet

Une plume qui virevolte.

La lignée de Mater :

La douleur comme inspiration

(Tome 6)

 

Lyu et Hia sont heureux. Leur enfant vient de naître. Le premier. Il ne sera pas le dernier. Fid tète goulument le sein de Lyu. À ce rythme, il grandira vite. Les jeunes parents regardent avec amour le petit être qu’ils ont créé. Qu’il est beau leur fils ! Dix doigts, dix orteils, un petit nez retroussé et un bel appétit ! Le bébé est un gage d’avenir pour toute la troupe. Chaque enfant est signe de fertilité, promesse de nombreux lendemains. D’autant que Fid est né le jour du solstice d’hiver. Un heureux présage s’il en est. Au moment précis de sa délivrance, Lyu a assisté à une envolée d’oiseaux. Ça aussi, c’est un heureux présage. Tout le monde s’accorde dessus et le sorcier dessine une trace sur le front de Fid à l’ocre rouge : l’enfant est voué à un grand destin.

De lunes en saisons, Fid grandit sous le regard attendri de ses parents. Le bonhomme apprend à marcher, d’abord à quatre pattes, puis debout. Ensuite, se sont ses premiers mots. Sait-il les millénaires de force, d’inventivité, d’ingéniosité et de heureux hasards qu’il aura fallu pour en arriver là ? Non. Bien sûr que non. Mais un jour, peut-être, il le devinera vaguement. Surtout si les présages se réalisent, surtout si le sorcier en fait son apprenti le moment venu. Chaque jour qui passe, l’homme y pense, espère. Lui n’a jamais su féconder personne. C’est la malédiction de la Terre-Mère ou plutôt c’est la contrepartie pour sa clairvoyance. La vie ne le prend pas pour géniteur. Alors Fid, cet enfant né au solstice sous une volée d’oiseaux, cet enfant qui a ouvert les yeux en grand et a sourit quand il lui a déposé cette marque sur le front, sera un parfait apprenti. Un jour. Quand son corps aura poussé, que sa pensée s’affinera, quand il verra la magie de la fleur qui s’ouvre au soleil pour dévoiler ses couleurs ou de la jeune plante qui perce la terre nue au printemps pour la verdir et la remplir de milliers de teintes, d’arômes et d’animaux.

Pour l’heure, ce qui l’amuse, se sont les feuilles qui tombent des arbres dans une danse et une grâce qui n’appartiennent qu’à elles. Tiens, la plume d’un oiseau posé sur la branche tout là-haut se décroche à son tour et voltige jusque sur la tête de Fid qui éclate de rire. Cet enfant est un rayon de soleil. Tandis qu’il joue avec sa plume, il apporte bonheur et légèreté à tout le clan. Oh, certes, ce n’est pas le seul bambin de la troupe, mais sa bonne humeur permanente et les aspirations qu’on a pour lui en fait l’un des plus aimés et des plus choyés.

Mais l’instant n’est pas à la joie innocente. Le clan n’a plus rien à manger. Les adultes se séparent en deux groupes : l’un part en chasse, l’autre ramasser et cueillir. Pour ce dernier poste, il faut bien compter six jours. De quoi ramasser assez pour tout le monde. Pour la chasse, tout dépendra de la distance des animaux et du temps de les trouver… Seule Dange, la grand-mère de Fid, reste auprès des plus jeunes enfants pour les surveiller. Cela ne la dérange pas. Elle aime être grand-mère. Elle a encore l’énergie nécessaire pour s’en occuper et tous ces petits, qu’ils soient ou non de son sang sont sa joie de vivre.

La marche pour trouver une proie est longue. La tribu est nombreuse, cela fait beaucoup de bouches à nourrir. Un animal de bonne taille. Une antilope ou deux, un zèbre ou un gnou peut-être ? Pendant qu’ils cherchent des traces de passage, Lyu en a l’eau à la bouche. Fid, resté au camp avec Dange et les autres, aussi. C’est qu’il a faim, le Fid. Il a gardé bon appétit. Lyu aime toujours autant le voir dévorer. Qu’il est beau son fils ! Bientôt, son ventre s’arrondira de nouveau et Fid apprendra à travers son rôle de grand frère d’être celui sur qui chacun peut compter. Le sorcier l’a promis. Oh, certes, tous les premiers nés ne deviennent pas des piliers de leur clan, mais Lyu, en bonne mère, devine ces choses-là.

Deux jours auront été nécessaires pour trouver une piste digne d’intérêt à suivre. Enfin, ils sont sur les traces d’un troupeau d’antilopes. Encore plusieurs heures et les animaux sont en vue. Ils les observent de loin et repèrent un jeune qui s’écarte du groupe et un individu blessé. Voilà leurs proies. Ne reste qu’à se positionner et à attaquer. La chasse réussie, on charge les deux cadavres sur les épaules à tour de rôle et on reprend la route du camp. Le groupe est satisfait et rentre le sourire aux lèvres. Ces antilopes nourriront la troupe durant plusieurs jours. Hia imagine déjà la joie sur le visage de Fid quand il les verra revenir.

Quand ils arrivent enfin à proximité du camp, quelque chose les inquiète : ils ont entendu les hyènes plus tôt sur leur trajet. D’abord, ils ont pressé le pas, craignant qu’elles ne les traquent pour leur voler leur butin. Puis, ils se sont rassurés en reconnaissant les cris : ces hyènes ne chassaient pas, elles ne chassaient plus. Leur appétit était satisfait. Alors ils ont ralenti. Et maintenant qu’ils ne sont qu’à quelques centaines de pas du camp, les oiseaux, d’ordinaire si bruyants paraissent plus calmes, presque silencieux. Ils repensent aux hyènes et un mauvais pressentiment les submergent. Les parents du groupe, dont Lyu et Hia se précipitent. Dange est là, en sang, pleurant ce qui lui reste de forces. Elle s’est battue comme une lionne pour défendre les enfants. Heureusement, ils sont sains et saufs dans l’arbre auquel est adossé la vieille. Mais où est Fid ? Où est-il ? Les étranges fruits descendent un à un pour rejoindre, choqués encore, les bras de leurs parents respectifs. Fid, lui, ne descend pas, il ne semble nulle part. Dange, elle, incapable de parler tant ses blessures sont graves rend son dernier souffle dans les bras de Hia.

Les hyènes, ça ne peut être que ça ! Lya et Hia se lancent à leur poursuite comme si les chasseuses avaient l’habitude de rendre leur proie. Elles la rendront bien, celle-là ! Ils sauront leur faire voir ! Trois membres du groupe partent avec eux. La piste est facile à suivre. Elles ont traîné Fid au sol. Celui-ci est imbibé de sang et écrasé sur leur passage. Lya sait qu’elles sont loin, pourtant elle jurerait entendre son enfant hurler. Fid vivra, elle le sait, le sorcier a dit qu’il était promis à un grand avenir au sein de la troupe. Elle le sait.

Bientôt cependant, c’est son cri qui retentit. Certes, les hyènes étaient beaucoup plus loin que ça quand ils les ont entendues, mais elles avaient déjà mangé. Oui, il a hurlé quand elles l’ont dépecé vivant à quelques pas à peine du camp. Maintenant, c’est Lyu qui hurle et Hia qui pleure devant le petit corps dont il ne reste pratiquement rien, éparpillé ci et là. On laisse les parents à leur peine. Que faire d’autre ? Au matin, Hia, les yeux rouges et la mort dans l’âme retourne à son tour auprès des siens. Lyu, elle, est inconsolable. Elle demeure à genoux, en pleurs auprès du crâne de son fils percé de trous de crocs et détaché de la colonne vertébrale elle aussi à nu. Plusieurs fois, on vient la chercher, elle refuse. Il faut partir pourtant. On ne reste pas auprès des morts. La Terre-Mère l’a décidé ainsi. Il faut partir. Ceux qui restent prennent la fièvre et meurent sous peu. Qu’est-ce que la perspective de la fièvre et de la mort pour une mère en deuil ? Une douceur ? Un réconfort ? Lyu n’a que faire de la Terre-Mère, elle refuse d’abandonner son fils.

Les jours passent. La troupe est allée se poser un peu plus loin en attendant que Lyu soit prête. Matin et soir, Hia vient la voir, il regarde les os de son fils le cœur brisé et tente de convaincre la femme qu’il aime de partir avec lui. Elle ne souhaite qu’une chose, que les hyènes reviennent et la dévorent elle aussi. Elle ne se débattra pas, c’est promis. Peu à peu, ne mangeant rien, elle s’affaiblit. Mais les hyènes ne reviennent pas, comme si elles sentaient le danger que représente le groupe tout près, comme si elles savaient que la prochaine fois qu’elles croiseront la lignée de Mater, ce sera un combat à mort et que ce seront-elles, cette fois, qui mourront. À moins qu’elles n’aient simplement fait leur œuvre.

Un jour, alors que Lyu est auprès de son fils, une plume vient virevolter au-dessus et atterrit sur la main dont un peu de chair reste, dévorée par les vers. Elle se souvient alors de celle qui lui était tombée sur le front. Qu’il était beau son rire ! Translucide comme l’eau de la plus pure des rivières, transperçant comme la pluie qui glace, réchauffant comme le plus doux des rayons de soleil. Qu’il était beau son rire ! Qu’il était beau son fils ! En cet instant, elle le revoit, vivant, comme elle était fière de lui !

Enfin, elle se relève avec difficulté, tout ankylosée qu’elle est par cette longue immobilité. Puis, elle ramasse un à un les os de Fid et vient les placer assit contre l’arbre, comme il était quand il a reçu cette plume sur le front. Ainsi pour toujours, dans la position de son plus bel éclat de rire. Lorsque fait, elle dépose la plume sur le front de Fid avant de faire demi-tour pour retourner auprès de Hia.

Cet hommage au fils aimé entame un nouveau chapitre de la lignée de Mater. Peu à peu, les morts qu’on a aimés, puis ceux qui ont compté, puis tous et toutes, auront droit à cet adieu des vivants. L’inhumation comme lien avec les morts et comme passage d’un univers tangible à un univers spirituel bouleversera pour toujours les descendants de Mater.

Bouton pour découvrir mes livres

Bonne et heureuse année 2022 !

Bonjour à tous et à toutes ! Et bonne année ! Bonne santé ! Et tous mes vœux pour 2022 ! Figurez-vous, que ce n’est qu’en m’apprêtant à écrire cet article, que j’ai réalisé avoir oublié d’écrire celui de début décembre… Mea culpa… C’est vous dire en tout cas combien j’ai été prise à cette période !

Bonne année 2022

J’ai bel et bien trouvé une community manager freelance début novembre. Cependant, et malgré le fait que ses tarifs étaient accessibles, je ne pouvais la rémunérer que pour deux heures par semaine ce qui n’était pas suffisant pour développer mes ventes. J’ai donc dû arrêter notre collaboration à la mi-décembre. La reprendrai-je un jour quand j’aurai de meilleures finances ? Nous verrons.

Cependant, l’information principale de ces deux mois, ce n’est pas celle-ci… 😉

Premièrement, le marché de Noël de Sainte-Marguerite le 05 décembre s’est très bien passé. J’y ai vendu douze livres et surtout… j’ai rencontré une dame qui tricote d’adorables petites peluches, Isabelle. Son stand était non loin du mien et nous avons fait connaissance pendant le marché de Noël. Elle adore lire, lit de tout et vite. Elle adore aussi écrire et a même publié deux ou trois livres, y compris en auto-édition figurez-vous ! Bref, nous nous sommes bien entendues. Et elle m’a proposé de m’aider à lire mes manuscrits ! Elle a déjà lu les manuscrits de trois romans qu’on m’avait envoyés. Pour l’instant, je lui confie uniquement les manuscrits de romans qui sont les plus longs à lire. Mais cette aide est précieuse ! Très précieuse. Il était temps ! Car je croule littéralement sous les manuscrits à lire.  À tel point et c’est une autre des choses que je souhaitais vous annoncer, que j’ai décidé de cesser d’accepter les manuscrits et ce jusqu’en 2024 ! Oui, oui, vous avez bien lu, j’ai de quoi éditer des livres jusqu’en 2024, compris !

Je soupçonne qu’à court et moyen terme, cette aide me sera encore plus précieuse que ne l’aurait été celle de la community manager. Cependant, je ne pourrai pas faire éternellement l’économie d’un·e professionnel·le des réseaux sociaux.

Dans l’immédiat, je me focalise sur ce que j’ai appris au cours de ma journée de formation en septembre. Je n’avais pas encore tout mis en place. Contacter les libraires et les écoles, entre autre. J’ai décidé que dorénavant, j’en rencontrerai au moins un de chaque par semaine. Ainsi, jeudi, j’ai rendez-vous avec une directrice d’école. Mardi prochain, une autre directrice d’école, mercredi prochain, un libraire.

À mettre encore en place, réaliser des bandes annonces des livres. J’avoue que j’ai peur des tarifs, mais cela devrait m’aider.

Quant à mes ventes de 2021, il me reste quelques données manquantes : j’attends le retour d’une autrice sur ses dédicaces. Elle m’a bien envoyé les résultats de ses ventes ce matin, mais je n’ai pas su comprendre son e-mail… :’-D

Bref, en décembre 2020, j’ai vendu 119 livres. En décembre 2021, j’en ai vendu 151. Au quatrième trimestre 2020, j’ai vendu 256 livres. Au quatrième trimestre 2021, 376. En 2020, j’ai vendu 845 livres. En 2021, j’en ai vendu 1050 ! J’ai donc dépassé pour la première fois le seuil des mille livres vendus dans l’année ! Je suis, comme vous pouvez vous l’imaginer, ravie. D’autant que comme je l’ai dit, quelques ventes vont sans doute se rajouter en plus ;-p.

Bouton pour découvrir mes livres

Solutionner et résoudre

Bonjour à tous et à toutes. A-t-on le droit d’employer le verbe solutionner ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Solution

Solutionner est un verbe du premier groupe qui signifie résoudre. Il n’y a aucune nuance de sens entre les deux qui sont parfaitement synonymes. Cependant, solutionner est très critiqué. Construit à partir du nom solution, il doit son apparition au XIXe siècle à la difficulté à conjuguer le verbe résoudre qui est du troisième groupe.

Malgré les vives critiques dont il est l’objet, le verbe est référencé aussi bien par le dictionnaire Larousse que par le dictionnaire Robert. Ainsi, s’il vaut mieux, malgré tout, employer le verbe résoudre afin de ne pas choquer les lecteurs,  l’utilisation du verbe solutionner est aujourd’hui validée par l’usage aussi bien que par les dictionnaires. Il est donc correct, même s’il demeure critiquable.

Par conséquent, il est préférable d’éviter le verbe solutionner à l’écrit et de ne l’employer qu’à l’oral face à des interlocuteurs compréhensifs.

Exemple : Ce problème de maths est trop difficile ! Je ne parviens pas à le résoudre !

Bouton pour découvrir mes livres

La lignée de Mater : Abrite-toi si tu peux

Genre : Nouvelle historique

Copyright Marjolaine Pauchet

Arbre dans la savane

La lignée de Mater :

Abrite-toi si tu peux

(tome 5)

 

Ces dernières années ont été terribles. Il a fait si sec et il a plu si peu.

Que peut-il bien arriver à la nature ? Pourquoi les nuages sont-ils si rares et ne donnent-ils plus d’eau ou si peu ? La terre a si soif elle aussi qu’elle boit sa propre eau. Il n’en reste presque plus pour les animaux qui la peuplent. Alors la troupe marche. Elle marche depuis des jours en quête d’eau et de nourriture. Les plantes sont mortes, les proies ont déserté la plaine. Il faut que le groupe les rejoigne. Qu’il retrouve l’eau, qu’il retrouve la vie.

De-ci, de-là, une carcasse séchée par le soleil. Un de plus qui n’a pas survécu, qui a eu soif trop longtemps. Le groupe aussi n’est plus que l’ombre de lui-même. La moitié au moins de ses membres sont déjà morts de soif ou de faim. On n’ose plus faire de petits. À quoi bon ? Avec quoi les nourrir ? Le lait des mères s’est tari lui aussi. Souvent, quand l’une est grosse, le bébé n’a pas le temps de naître qu’il est déjà mort. Il faut de l’eau. À tout prix.

Tek le sait et il est désespéré. Il ne veut pas être le dernier chef. Alors ils marchent et quand ils trouvent une carcasse, ils vont la visiter dans l’espoir qu’elle contienne encore un peu de viande accrochée à quelque os à droite ou à gauche. Un cadavre de phacochère, un de gnou, deux de zèbres, deux de lions… La viande restante est si rare. Quand il en reste… Qui mangera ? Qui aura faim encore ? Et quand boiront-ils ?

Et puis ce soleil ! Jamais de répit. Jamais d’ombre. Les arbres sont morts. Tout meurt autour du groupe. Quelle chaleur ! Une des carcasse de lion contient encore beaucoup de viande. Enfin ! Des rares prédateurs qu’il reste, personne n’a osé s’attaquer au corps de celui-ci. Même mort, il imposte encore le respect. Mais tout est si sec ! Comment manger ça ? Pourtant, les descendants de Mater, affamés, se jettent dessus et mangent tant qu’ils peuvent jusqu’à ce que tous les os soient nettoyés. Blancs. Comme si aucune chair ne les avait jamais enveloppés. Les ventres sont pleins. Oui. À présent cependant, ils ont plus soifs que jamais. Il faut boire. S’ils ne trouvent pas très vite de l’eau, Tek ne donne pas cher du reste de son groupe.

Le lendemain, alors que le soir tombe, que Saal est mort de soif et qu’il faut maintenant porter Ud qui ne tient plus debout, la troupe aperçoit une nouvelle carcasse. Énorme. Celle d’un éléphant. À mesure qu’ils s’approchent, ils veulent y croire : elle semble intacte. Desséchée, encore, mais intacte. Peut-être que certains organes sont encore humides ? Dans un animal de cette taille, tous veulent y croire. Tous se précipitent. Mais lorsqu’ils arrivent par le dos de la bête inerte et en font le tour pour accéder au ventre et aux flancs, ils tombent à genoux de déception : il ne reste que les os et la peau. Toul n’y croit pas. Elle soulève la peau. Une puanteur se dégage toujours de l’antre. Quelques petits trous sur le cuir laissent passer des rais de lumière et donnent un aspect de voûte étoilée au cuir tanné par le soleil. Courbée, elle pénètre dans le pachyderme à la recherche de quelques petits bouts de chair encore accrochés à un os. Mais rien.

Déjà, les ténèbres emplissent le monde. Loin de tout abri, les membres du groupe vont se retrouver à la merci des prédateurs nocturnes.

Il faut vite partir en chercher un. Ud survivra-t-il ? Toul s’en fiche. Ud ne survivra pas. Tek lui dit de sortir de là. On ne rentre pas dans les morts. On ne rentre pas dans la mort. Ce qu’elle prend, elle le garde. Quelle mouche a piqué Toul pour agir ainsi ? La mouche de la faim. Celle de l’épuisement aussi.

Toul ne veut rien écouter. Pas avant demain. Les prédateurs rôdent. Elle les entend. Là, au milieu des côtes de l’éléphant, sous sa peau, elle se sent en sécurité comme dans une grotte. Qu’on lui donne de l’ocre et elle y apposera sa main ! Non, Toul ne sortira pas de là avant demain matin. La troupe a besoin de repos. Marcher ou partir, rien ne sauvera Ud. Les corps doivent s’épargner pour survivre.

Un autre membre de la troupe est convaincu par Toul et entre à son tour. Puis un autre. Bientôt, Tek doit céder. Cette nuit, à défaut de nourriture et d’eau, ils dormiront au moins en sécurité. La jeune femme ne ferme pas les yeux. Trop soif. Trop faim. Au lieu de cela, elle porte les yeux sur un trou dans la peau : la lune l’éclaire, douce et maternelle. C’est bien la première fois qu’ils s’abritent dans le corps d’un éléphant. Idée étrange. Saugrenue. D’ordinaire, la troupe trouve refuge dans un abri sous roche ou monte dans un arbre. Mais ce cadavre, même s’il ne contenait plus rien à manger, est tombé à point nommé. L’animal est mort au bon endroit.

Au petit matin, le groupe sort de la carcasse. Ud n’ouvre pas les yeux. Il ne les ouvrira plus. Tous en ont assez de mourir les uns après les autres. Aujourd’hui, il faut trouver de l’eau. C’est l’aurore et comme souvent, un léger voile nuageux adouci le ciel. Aucun n’y prête plus attention : il est toujours chassé par le soleil. Vers le milieu de matinée pourtant, les nuages sont bien là, prenant désormais toute leur place. Après un tonnerre lointain, quelques gouttes d’eau, grosses et lourdes tombent au sol. Les membres de la troupe, comme fous, crient de joie et tendent leur langue vers le ciel pour y recueillir le délicieux liquide. Pourtant, l’averse, si on peut appeler cela ainsi ne dure pas. Et désespérés, les descendants de Mater se remettent en route.

Vers le milieu du jour, enfin, ils atteignent un arbre encore vivant et debout. Ses feuilles sont vertes et nombreuses. À son pied, une mare boueuse. À nouveau, tous les membres de la troupe sont fous de joie. Pourtant, la prudence est de mise : c’est l’endroit rêvé pour un prédateur en embuscade. Après s’être assurés de leur sécurité, ils se précipitent. Ils passeront là le reste de la journée. Le soir, chacun monte dans l’arbre pendant qu’une brise bienfaisante se lève. Quelque temps plus tard, il pleut des trombes. L’eau tant attendue est là. Enfin. Des rafales et des rafales de vent. Tous sont trempés. Qu’importe. Tous sont mouillés. Mouillés de cette eau qui donne la vie. Une bourrasque projette Joul au sol. Tek, Toul, chaque membre du groupe se cramponne pour ne pas tomber à son tour et le regarde, inquiet. Est-il blessé ?

Joul a mal au dos et se relève avec difficulté, mais il va bien. Il est enfin debout lorsqu’une énorme branche se brise et lui tombe dessus. Cette fois, Tek et Iole, la guérisseuse, se précipitent. Trop tard. Joul est mort sur le coup. Ils s’apprêtent à remonter, Toul les en empêche : elle descend à son tour, leur barrant le passage. Sitôt qu’elle est en bas, ils grimpent. Quant à elle, elle dégage le corps inerte de la branche puis lui attrape les pieds et tire le cadavre plus loin, à quelques mètres de là. Les autres la regardent sans comprendre. Pourquoi fait-elle ça ? La branche qui s’est brisée sous le vent est énorme, bien assez pour s’abriter. En la voyant depuis l’arbre, elle a reconnu la silhouette de l’éléphant dans lequel ils ont passé la dernière nuit. Comme dans cette carcasse, cette branche sera un abri. Elle la dispose contre l’arbre, le bois tourné vers la terre et le feuillage vers le ciel. Là, elle sera bien mieux à l’abri de la tempête et ne risquera pas la chute. Elle appelle le reste du groupe.

Iole arrive la première, reconnaissant là une lumineuse idée. Si Iole y va, on peut lui faire confiance. Et en quelques instants, tous sont sous l’épais feuillage de la grosse branche.

Au cours des prochaines lunes, Toul perfectionnera ses abris et apprendra à en faire des toujours mieux, protégeant du soleil, de la pluie, des prédateurs. Des branchages, des feuillages, des peaux, comme dans l’éléphant… L’idée a germé dans son esprit. Elle a compris que tailler des pierres, tanner des peaux, pouvait servir à autre chose qu’à la confection d’armes, d’outils et de vêtements.

Désormais, grâce à Toul, la lignée de Mater, où qu’elle aille, saura s’abriter du monde.

Coupon pour découvrir mes livres

Quelque soit ou quel que soit

Bonjour à tous et à toutes. Faut-il écrire quelque soit ou bien quel que soit ? Cette locution en trompe plus d’un. Voyons cela ensemble.

Quel que soit le parapluie

Quel que soit

On écrit toujours quel que soit en trois mots avec l’adjectif indéfini quel.

Exemple : Quel que soit le parapluie choisi, il te protègera de la même façon.

Accord

  • En tant qu’adjectif indéfini, quel s’accorde en genre et en nombre avec le sujet auquel il se rapporte.

Exemple : Quelle que soit la fenêtre par laquelle tu regardes, tu as une belle vue.

  • En tant que verbe conjugué, soit s’accorde en nombre (singulier/pluriel) avec le sujet auquel il se rapporte.

Exemple : Quels que soient tes soucis, tu peux tout lui dire.

Bouton pour découvrir mes livres

Le pluriel des noms en [o]

Bonjours à tous et à toutes. Les noms se terminant par [o] peuvent écrire ce son de plusieurs façons différentes : eau, au, aut, aud, aux, ot, os, etc. C’est la façon d’écrire ce son [o] qui déterminera le pluriel.

Goutte d'eau

Les noms en -eau

Tous les noms en -eau prennent un x au pluriel.

Exemple : « De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages. » Victor Hugo – Liberté

Les noms en -au

Tous les noms en -au prennent un x au pluriel, sauf landau et sarrau qui prennent un s.

Exemple 1 : Les joyaux de la couronne sont magnifiques.

Exemple 2 : Ces landaus sont très cher.

Les noms en -aud et -aut

Tous les noms en -aud et -aut font leur pluriel en s.

Exemple : Les sauts de ces crapauds sont impressionnants.

Les noms en -o, -oc, -op, -ot et -ôt

Tous les noms en -o, -oc, -op, -ot et -ôt font leur pluriel en s.

Exemple 1 : Ces numéros sont rangés par ordre croissant.

Exemple 2 : Les chocs répétés ont abîmé l’aile de la voiture.

Exemple 3 : Ces sirops sont trop sucrés.

Exemple 4 : Ces pots de fleurs sont de véritables œuvres d’art.

Exemple 5 : Il est allé payer ses impôts.

Les noms en -aux et -os

Les noms en -aux et en -os sont invariables : ils s’écrivent au pluriel comme au singulier.

Exemple 1 : Les taux ne cessent de grimper.

Exemple 2 : Tous vos propos sont incohérents.

Bouton pour découvrir mes livres

Interview : Marielle Piccolo

Bonjour à tous et à toutes. Aujourd’hui, je vous présente, une fois n’est pas coutume, l’interview d’une jeune autrice rencontrée en dédicace : Marielle Piccolo.

Marielle Piccolo

Marielle, vous avez sorti un très joli conte l’an dernier : La danseuse au visage figé. Pouvez-vous nous le présenter ?

Il s’agit d’un conte qui s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands. C’est l’histoire d’Hina, la petite danseuse de bois, qui est libérée de sa boite à musique par la souris du Lac. Liée à une malédiction, elle ne pourra pas rester dans un même lieu plus de trois jours. Accompagnée de ses deux ballerines transformées en chats, elle rencontrera un peintre qui voit tout en noir, une vendeuse de robes de poupées dévorée par l’avidité, et un toiletteur pour chats ayant peur des chats.

La petite danseuse au visage figé

Ce n’est pas commun comme histoire, qu’est-ce qui vous a donné l’idée de ce conte ?

Lorsque j’ai écrit La petite danseuse au visage figé il y a quelques années, mon but n’était pas de publier un livre. Une de mes amies était en dépression, et je voulais trouver un moyen de lui remonter le moral et surtout lui montrer que je la comprenais, à travers les mots. Pour moi, cette petite danseuse piégée dans sa boite à musique était la personnification même de la dépression. C’est comme ça que le conte a vu le jour. Finalement, je me suis laissé porter par ma plume et l’histoire a pris un autre tournant pour devenir un conte pour enfants. Mon amie, je vous rassure va beaucoup mieux maintenant ;-).

Avez-vous ou allez-vous sortir d’autres livres ? Si oui, de quoi parleront-ils ?

J’ai finalisé mon manuscrit fantastique/horreur, Le gouffre aux souvenirs. Ici, je m’éloigne complètement de l’univers enfantin et je me lance dans un genre qui me plaît également depuis toujours.

Cela raconte l’histoire d’Icare, qui après avoir échappé à une monstrueuse créature, se réveille dans une mystérieuse salle sans issues, tapissée d’une matière rouge organique. Il rencontre cinq inconnus, provenant des quatre coins du pays : un sourd et muet, un quinquagénaire, une jeune avocate, une vieille dame, et un Japonais. Personne ne connait cet endroit, mais ils ont tous un point commun : ils ont été attaqués par la même entité. Sous leurs pieds se trouve tout un monde alimenté et organisé autour des souvenirs de la Terre. Les six individus devront survivre et réussir à regagner le monde réel.

Votre livre est à 6,50 € seulement ! Quel est votre secret ?

Je vais vous dévoiler ma recette ou plutôt il n’y a aucune : je ne touche presque rien pour la vente de mes livres ! J’ai publié La petite danseuse au visage figé uniquement pour le plaisir de partager mes écrits. Les retours positifs et les échanges que j’ai avec les lecteurs constituent mes revenus. Bien qu’ils ne remplissent pas mon portefeuille, ils alimentent de loin ma satisfaction.

Les critiques sont dithyrambiques. Vous attendiez-vous à de tels retours ?

Je ne pensais pas, lorsque j’ai publié ce livre, que les critiques seraient aussi positives. J’ai tendance, comme la plupart des auteurs je suppose, à sous-estimer mon travail. Encore merci à tous pour l’accueil que vous avez fait à La petite danseuse au visage figé.

Vous aimez, je crois, raconter des histoires aux plus petits. C’est une passion que vous avez toujours eue ou que vous avez découverte sur le tard ?

J’ai toujours aimé raconter des histoires, cela depuis toute petite, mais c’est lorsque mon neveu est arrivé dans ma vie il y a 6 ans que j’ai commencé à nourrir son imagination de toutes sortes de contes. Des esprits de la forêt qui habitent dans le jardin de tata, des bus arc-en-ciel, des formules magiques ; toute excuse était bonne pour le faire rêver. C’est grâce à lui que j’ai compris que j’aimais par-dessus tout raconter des histoires aux enfants.

Considérant votre goût à conter des histoires, avez-vous déjà envisager de faire des livres audio ?

C’est un projet en cours, mais c’est top secret ;-). Par contre, le temps me manquant, je ne sais pas quand est-ce que le projet aboutira.

Enfin, l’incontournable, votre livre préféré, votre auteur ou autrice préféré·e ?

Je change encore d’univers pour vous annoncer mon livre préféré : La pierre et le sabre d’Eiji Yoshikawa. C’est un roman historique du début du XXe siècle qui raconte l’histoire de Musashi Miyamoto, grand samurai du XVIe siècle. L’auteur entremêle avec brio le destin de plusieurs personnages et il décrit tellement bien les scènes d’action, que nous avons l’impression d’assister à un film. Je suis une grande fan de films d’arts martiaux, et pratiquant moi-même le Kendo (l’art des samurai) ; je ne pouvais qu’adorer.

Pour mon auteur préféré, c’est sans aucun doute le mangaka Junji Itō, spécialiste des contes horrifiques.

Bouton pour découvrir mes livres

La lignée de Mater : pas de fumée sans feu

Genre : Nouvelle historique

Copyright Marjolaine Pauchet

Pas de fumée sans feu

La lignée de Mater :

pas de fumée sans feu

(tome 4)

Jouk est le meilleur tailleur de silex de sa troupe. Fier de son savoir, il l’enseigne avec patience à sa fille. Un jour, elle sera aussi douée que lui. Elle a hérité de ses mains. Comme lui, elle caresse les cailloux, voit ce qu’ils deviendront, elle les comprend sous la pulpe de ses doigts. Oui, un jour, Fige sera une grande tailleuse. Pour l’heure, c’est encore à Jouk que revient la charge de faire naître la pointe de sagaie, le rasoir, le racloir, le couteau, etc. de la pierre ronde qui cache en elle l’un ou l’autre de ces trésors.
Cependant, le moment ne se prête guère à l’enseignement. Fige regarde son père en silence. Elle apprend aussi beaucoup comme ça. Aujourd’hui, il n’a pas le temps d’être patient ou de montrer. Kodil et Mita doivent rendre visite au groupe de la vallée voisine : il fait froid. Très froid. Et il n’y a pas assez de peaux pour que tout le monde ait chaud. Kodil et Mita veulent proposer un échange : les silex de Jouk contre des peaux bien chaudes, que tout le monde puisse survivre à l’hiver. Mais les doigts de Jouk sont gelés. Même lui n’arrive à rien. Les pierres aussi ont froid : elles ne se brisent pas comme il faut. Inlassable, il souffle dans ses mains pour les réchauffer et recommence. Fige est impressionnée par la ténacité de son père. Elle veut être importante pour la tribu, comme lui.

Sa mère l’appelle : il faut racler une peau. Fige arrive, se saisit de la peau. Cette dernière est trop lourde pour l’enfant qui ne peut la bouger. Kodil à côté la voit en peine et soulève pour elle la fourrure, puis la pose sur le bas du tronc de l’arbre qui monte en pente douce vers le ciel, poils contre l’écorce. Fige remercie et s’installe. Il n’y a rien qu’elle aime moins que le raclage. L’air est sec, il fait froid, tous les morceaux de chair encore accrochés sont aussi secs que l’air, aussi glacés que la pierre. Le geste est d’une monotonie édifiante. Au moins, il lui donne chaud et tout en raclant, elle laisse son esprit vagabonder. Vers les animaux de la vallée, vers la grotte au torrent, vers l’été, vers son père. Elle regarde si la bosse du terrain l’empêche de le voir. En se dressant sur ses jambes peut-être ? Oui ! Ça y est, elle le voit ! Elle adore son père, elle est fière d’être la fille de Jouk, du tailleur. N’est-ce pas grâce à tout ce qu’il crée de ses mains que tous mangent et se vêtent, qu’elle-même racle en ce moment même ?
Prise dans ses pensées, son esprit à mille lieues de sa tâche, cela fait un certain temps maintenant qu’elle racle le même endroit. Sans qu’elle s’en rende compte, le racloir a déchiré la peau, atteint les poils, puis l’écorce de l’arbre. Sa mère enfin la voit faire et la reprend furieuse. Ne manquent-ils pas assez de fourrures ? A-t-elle trop chaud pour en détruire une de la sorte ? Fige s’en veut. Elle décide d’aller aider Mita à chercher des bâtons longs en forêt pour faire des sagaies, mais la jeune femme n’a pas besoin d’aide.
Personne ne veut voir Fige. Elle a détruit une peau qui aurait tenu chaud. Elle qui voulait aider, qui voulait servir à la troupe comme son père. Lui en train de tailler des silex pour les échanger contre ce qu’elle vient de détruire. Il va devoir en tailler plus encore pour compenser ses bêtises. Fige s’isole, triste. Dis donc, c’est vrai que racler lui tenait chaud. À présent, la voilà qui a froid. De nouveau…

Voilà trois jours que Mita et Kodil sont partis dans l’autre vallée. Ils reviennent enfin. Pourtant, la troupe n’est pas heureuse de les voir. Certes, ils sont sains et saufs, c’est une bonne chose, mais la panse de gnou cousue en poche qui contenait les silex est toujours pleine. Ils ne ramènent pas une peau. Cette année a été mauvaise aussi pour le groupe voisin. Il n’ont pas plus de fourrures qu’eux. Ou si peu… Trop peu en tout cas pour les échanger, même contre les précieux silex de Jouk.

Tant pis. Il faudra faire avec le froid, avec les peaux qu’on a déjà, avec celle trouée par Fige. Et tous se serrent les uns contre les autres pour avoir moins froid. Elle a l’impression de s’en vouloir bien plus que le reste de la troupe ne lui en veut. Alors, comme pour se punir elle-même, elle s’isole encore. Elle ne tient pas à sentir sur elle les regards accusateurs et les reproches. Elle a bien assez des siens.

Pourtant, s’éloigner est stupide. Pire, cela peut être mortel. Il faut de la chaleur. Alors Fige souffle dans ses mains. Rien n’y fait. Elle grelotte. Elle repense au racloir. Elle déteste racler. Mais elle avait eu chaud. Un peu. Elle attrape la pierre taillée par son père, pas le racloir de l’autre fois. Non, un émoussé, pour ne pas user inutilement l’autre. Elle a fait assez de bêtises comme ça. Puis elle prend n’importe quoi, ce qui lui tombe sous la main. Elle ne veut rien confectionner, elle veut se réchauffer. Ce gros champignon sec fera l’affaire. Elle racle, elle racle, elle racle…

Ce geste qu’elle déteste, mais qui lui tient chaud, ce geste qui lui a valu la fureur de sa mère et de tout le groupe. Elle racle. Elle frotte le champignon qu’elle a pris sur l’arbre à l’aide du vieux racloir qui ne racle plus rien. Bientôt, ses muscles produisent de la chaleur et elle a moins froid. Pourtant, elle ne s’arrête pas. Sitôt son geste stoppé, elle grelottera de nouveau et il faudra se réchauffer auprès des autres. Alors elle frotte. Elle frotte, elle frotte… Une légère fumée blanche commence à s’échapper du champignon. Fige l’aperçoit et fait un bond en arrière de stupeur. D’où cette fumée vient-elle ? Il n’y a pourtant pas de feu. Elle disparaît presque aussitôt et Fige, lassée, retourne enfin auprès des siens.

Du coin de l’œil, Jouk, en père attentionné, a surveillé sa fille. Elle a produit de la fumée. Comment cela se peut-il ? Il a vu toute la scène aussi bien que s’il avait été près d’elle. Seul le feu sait produire de la fumée. Il sait que le feu fait mal, très mal : il brûle. Mais s’il brûle, c’est qu’il produit de la chaleur, beaucoup de chaleur. Assez pour réchauffer toute la troupe. Serait-il possible de créer du feu ? Non ! C’est pure folie que de croire ça ! Tailler une pierre est une chose, mais produire du feu ? Jamais aucun être humain ne saura accomplir pareil prodige ! Et pourtant cette fumée… Cette fumée… Comment est-ce possible ? Cette idée est trop étrange, trop absurde, il la chasse de son esprit et va découper des bouts de viande de la carcasse qui repose sur une branche de l’arbre.
Pendant qu’il mange, il pose son bout de viande au sol et se frotte les mains pour les réchauffer. Et là, un éclair lui vient : il a frotté ses mains l’une contre l’autre et cette friction a produit de la chaleur. Jouk sait qu’en été, quand il fait trop chaud et trop sec, un rien peut embraser la plaine. Alors peut-être que… Il reprend sa viande et réfléchit tout en mâchant. La friction produit de la chaleur. Le feu produit de la chaleur. Quand il fait chaud et sec, il y a du feu. Le feu brûle, oui, mais le feu réchauffe aussi. Cette fois, il veut en avoir le cœur net. Il attrape le champignon qu’a pris Fige, s’éloigne un peu de l’arbre dans un réflexe qu’il juge arrogant tant son idée est folle. Puis, il appelle sa fille. Après tout, c’est elle qui a fait de la fumée. Mais le racloir, même vieux et émoussé n’est pas ce qu’il faut. Il écrase là où il faut chauffer. Jouk explique ce qu’il veut faire à Fige. Elle pense que son père se fiche d’elle. Pourtant, elle joue le jeu, trop heureuse d’être pardonnée.
Ils essaient d’abord de frotter le champignon à mains nues, rien n’y fait, cela ne marche pas. Ils tentent ensuite des cailloux non taillés. Toujours pas. Un bout de bois sec peut-être ? Bof. Pas pratique. Et à la verticale ? Plus pratique, certes, mais plus efficace ? Jouk éclate de rire devant cette idée saugrenue de Fige. La pointe se plante dans le champignon et Jouk embrasse tendrement sa fille sur le front pour saluer l’essai et la bonne volonté. Mais Fige est vexée. À présent prise au jeu pour de bon, elle attrape une future sagaie qui n’a pas encore de pointe. Voilà au moins un bâton qui ne se plantera pas. Elle frotte, elle frotte, elle frotte. Son père pose ses mains sur les siennes pour la réchauffer et frotter avec elle, convaincu par l’échec de la méthode, par le soutien à sa fille. Bientôt, une petite fumée apparaît. Fige est émerveillée. « Ne t’arrête pas. » lui souffle Jouk.

Quelques minutes plus tard, les membres de la troupe qui n’ont rien perdu de l’instant père-fille qui vient de se dérouler sous leurs yeux, s’approchent sans comprendre du feu qui a jailli du champignon, qui a jailli des mains de Fige et Jouk. Quelques minutes encore et le feu s’éteint. « Pourquoi ? » demande Fige aussi surprise que déçue. Son feu est-il plus faible que les feux qui naissent des éclairs et des chaleurs d’été ? Sa mère la prend dans ses bras pour la rassurer : comme elle, comme eux, le feu meurt s’il ne mange pas. Il faut le nourrir, explique-t-elle. Fige regarde alors la carcasse qui pend de l’arbre. Sa mère rit : non, le feu n’a pas besoin de manger leur proie. Fige part chercher un autre champignon, il y en a tant, ce n’est pas difficile et le reste de la troupe attrape de quoi nourrir le feu. Mita tend elle-même un bout de bois à Fige. « Tiens, celui-là n’est pas pointu. » dit-elle. Fige remercie et sous les yeux de la troupe et de son père qui la laisse faire, elle recrée du feu.

Grâce à la nourriture qu’on lui apporte, il dure et réchauffe tout le monde. Bientôt, Kodil qui a faim descend ce qu’il reste de la carcasse dans l’arbre. Il était temps : juste au-dessus du feu, un peu plus et il la dévorait à son tour. Chacun prend sa part. Mais cette viande-là est étrange. Elle n’a pas le même goût que d’habitude, elle est plus facile à mâcher et à digérer.

Grâce au feu, la lignée de Mater pourra créer de nouveaux outils, avoir chaud même en hiver, se protéger des prédateurs et cuire ses aliments. Plus digestes, ils causeront moins de maladies. Grâce au feu, les descendants de Mater vivront mieux, plus longtemps, leurs troupes grandiront en nombre et leur cerveau en taille. Ils pourront désormais s’étendre plus loin, plus vite.

Bouton pour découvrir mes livres

Subjonctif obligatoire

Bonjour à tous et à toutes. Il existe des locutions qui sont toujours suivies du subjonctif. Subjonctif présent, passé, imparfait ou plus-que-parfait, peu importe, pourvu qu’il s’agisse du subjonctif : il est obligatoire.

Panneau d'obligation

Le subjonctif est obligatoire après les locutions afin que, avant que, bien que, de peur que, jusqu’à ce que, pour que, pourvu que et quoique. On ne met donc jamais l’indicatif ou tout autre mode après ces locutions.

Exemple 1 : Pourvu qu’il soit à l’heure ! Jusqu’à ce qu’il soit là, on ne bouge pas, dit-elle, de peur que quelqu’un parte avant.

Exemple 2 : Il faut bien comprendre, afin que tout soit clair, que bien qu’il fût là, il ne faisait rien.

 

Community manager

Bonjour à tous et à toutes. Beaucoup de choses encore ce mois-ci. Pour commencer, j’ai décidé de prendre les services d’un community manager freelance une à deux heures par semaine et j’ai activement commencé les recherches. J’ai prévu de téléphoner demain à une des personnes qui m’intéressent le plus pour cela.

Réseaux sociaux

Un·e community manager pour commencer, qu’est-ce que c’est ? C’est une personne spécialiste des réseaux sociaux. Une personne qui sait surfer dessus et faire de beaux posts qui attirent. Et comme moi, ça, j’ai du mal, le ou la freelance que je prendrai pour m’aider là-dessus ne pourra qu’apporter un plus à ma petite entreprise, tout en me retirant une grosse épine du pied. Bien sûr, je continuerai à poster sur les réseaux sociaux, mais je ne serai plus seule.

Côté livres, les sorties du Système et de La véritable histoire du loup ont bien eu lieu comme prévu et si leur démarrage est un peu léger, j’ai bon espoir que le tout s’améliore prochainement, entre autre grâce au ou à la community manager ;-)… Mais aussi grâce à mon catalogue pour les libraires et les collectivités que j’ai enfin fini. Fini oui, mais pas encore envoyé ni mis sur le site, car il faut maintenant finir le bon de commande. Oh, il ne reste pas grand chose à faire. Juste réfléchir sur les frais de port. Quelque chose de compliqué à juger, déterminer, etc.

J’espère donc que tout ça va augmenter mes ventes très prochainement, surtout que Noël approche et qu’il ne faut pas laisser passer le coche.

Côté livres, toujours, j’ai bien avancé l’écriture de mon roman Guerre universelle, le tome 2 de la série Ultimate et je crois (mais ce ne serait pas la première fois), avoir enfin une piste pour l’écriture de 80.109, c’est à dire, le tome 1. Oui, il serait temps, car j’approche du point final avec Guerre universelle

En revanche, ce qui n’avance pas ou peu, c’est la recherche de romans à éditer pour 2022. Je voulais, j’aurais voulu, pouvoir inscrire le titre de toutes mes sorties 2022 dans le catalogue. Hélas, ce n’est pas le cas. je voudrais sortir six livres en 2022, dont deux romans. Or, si j’ai bien les quatre autres livres, il me manque toujours les deux romans. J’en avais bien trouvé un, il y a une dizaine de jours à peine, mais l’autrice s’est rétractée et préfère maintenant toquer aux portes des grandes maisons d’édition… Je ne peux pas lui en vouloir, mais j’aurais apprécié, il est vrai, qu’elle y pense avant. Bref, à deux mois du 1er janvier 2022, je ne sais toujours pas quels romans je vais sortir sur l’année alors que je devrais déjà être en train de chercher ceux que je vais éditer en 2023…

Commençant à être à court de nouvelles idées d’articles pour le Jardin de l’auto-édition, j’ai décidé que je continuerai à en écrire lorsque j’aurai des idées, mais que les lundis dédiés où je n’aurai pas d’idée, j’en profiterai pour mettre mon site d’autrice à jour. Si de votre côté, vous avez des suggestions d’articles, n’hésitez pas à les donner en commentaire. 😉

Bouton pour découvrir mes livres

Moyens de transport et prépositions

Bonjour à tous et à toutes. La construction d’une proposition autour d’un moyen de transport nécessite l’emploi d’une préposition, à ou de en l’occurrence. Mais comment savoir laquelle utiliser ?

Voyager à vélo

On notera deux cas de figures :

  • Lorsqu’on se trouve dans le moyen de transport : dans une voiture, dans un train, dans un bus, dans un bateau, etc. On emploiera alors la préposition en. Ainsi, on dira en voiture, en train, en bus, en bateau, etc.

Exemple : Il va au travail en tram.

  • Lorsqu’on se trouve sur le moyen de transport : sur un vélo, sur un cheval, sur une moto, etc. On emploiera alors la préposition à. Ainsi, on dira à vélo, à cheval, à moto, etc.

Exemple : Il se balade à vélo.

ATTENTION : On marche à pied. Car on est sur ses pieds, mais pied ne prend ici jamais de s, car on avance un pied après l’autre. En revanche, on saute à pieds joints.

Bouton pour découvrir mes livres

La lignée de Mater : une précieuse invention

Genre : Nouvelle historique

Copyright Marjolaine Pauchet

Pierre taillée

La lignée de Mater :

une précieuse invention

(tome 3)

Tumi et les siens observent avec discrétion des antilopes se désaltérer à un point d’eau.

Ils se sont positionnés de façon stratégique pour augmenter leurs chances de réussite. Voilà cinq jours que le groupe n’a rien mangé. Kita et Ru sont grosses. Le ventre de Kita, surtout, est lourd. Si lourd qu’elle ne participe plus à la chasse. Il reste peu de lunes avant sa délivrance. L’une comme l’autre ne peuvent se permettre de rester plus longtemps sans manger. Dumaï qui allaite, n’aura quant à elle bientôt plus de lait pour son bébé.

Pour l’avenir de la troupe, cette chasse doit réussir. Ils ne peuvent revenir au camp sans nourriture. Une antilope va devoir mourir aujourd’hui pour que ce groupe appartenant à la lignée de Mater puisse vivre. Mater… qu’elle est loin. Presque aussi loin que Celui qui barrit. Depuis la naissance des mots, ces singes étranges qui marchent debout, se nomment et le disent ne sont plus des mâles et des femelles, mais des hommes et des femmes. Ainsi, ils se voient et se pensent autres.

Mais tout ceci est bien loin des considérations de Tumi. Pour l’heure, elle est concentrée corps et âme sur la chasse. Elle sait par cœur ce qu’elle a à faire. Comme chaque membre du groupe, elle s’est placée en conséquence. Un grand bâton dans chaque main, c’est à elle de lancer l’assaut. Les autres sont armés de pierres qu’ils jetteront sur leur cible. Une des antilopes boite légèrement. Une faiblesse presque imperceptible de la patte avant gauche. Elle jette un œil aux autres pour s’assurer que tous l’ont repérée.

C’est bon.

D’un coup, elle se lève en criant et en agitant les bras, bâtons au-dessus de sa tête pour paraître plus terrifiante. L’effet est immédiat : toutes les antilopes fuient. Aucune ne cherche à savoir quel est cet étrange et terrifiant animal : il faut sauver sa peau.

Tumi poursuit l’antilope blessée tout en continuant ses cris et ses gesticulations. La bête court plus vite et distance la jeune femme. Alors surgit Chouan d’un fourré, le jeune homme lui aussi armé de bâtons qu’il brandit terrifie l’animal à son tour et le ramène dans la direction souhaitée. Et voilà les autres membres du groupe qui sortent de leur cachette et jettent sur la proie les pierres qu’ils avaient préparées. Rompus à l’épreuve, ils font mouche presque à chaque fois. La peau se déchire, des os se brisent. Bientôt, l’antilope est à terre. Il est temps de lui donner le coup de grâce. Totogi s’approche. C’est l’homme le plus fort de la troupe. Il lève au-dessus de sa tête une lourde pierre. Si lourde que même Chouan ne pourrait la porter. Il s’apprête à fracasser le crâne de l’animal. Mais des hyènes, attirées par les cris de la chasse et les cercles qu’effectuent déjà les vautours dans le ciel se ruent sur eux. Elles sont nombreuses. Trop nombreuses pour que la troupe ait une chance. Pourtant ils doivent manger ! Cette proie est la leur ! Ils ne l’abandonneront pas ! Sans l’antilope, Kita, Ru et Dumaï perdront leurs bébés.

Totogi se détourne de l’antilope pour jeter sa pierre vers les hyènes. C’est un mauvais calcul : le caillou était trop gros, trop lourd. Il tombe lourdement à quelques mètres à peine. Les chapardeuses ralentissent l’allure quelques instants, esquissent un léger détour avant de revenir aussi vite et aussi décidées qu’au début. Chacun récupère à terre les pierres plus petites qui ont servi à la chasse et les jette sur les ricaneuses en approche, mais elles sont trop nombreuses. Tumi, toujours ses bâtons en main, les lance aussi, sachant qu’ils ne feront rien. Que faire de plus ?

Mais elle a tort : l’un des bâton se plante profondément dans l’épaule d’une des hyènes qui pousse un cri et s’effondre aussitôt.

Les chapardeuses ne renoncent pas pour autant. Malgré l’insistance et la volonté du groupe, l’antilope est perdue. Les hyènes ripaillent bientôt sous les yeux de Tumi, Dumaï, Chouan et les autres, retranchés dans un trio d’arbres proche. À la nuit tombée, elles s’éloignent enfin et les membres de la lignée de Mater peuvent descendre de leurs branches. Ils auraient pu partir pour de bon, abandonner la place lorsqu’il leur a fallu abandonner l’antilope, cependant ils n’ont pas tout perdu : les hyènes ne sont pas cannibales et n’ont pas touché au cadavre de leur sœur. Les vautours, certes, se sont servis. Mais il en reste. Du moins, il en restera s’ils parviennent à chasser les derniers volatiles à s’activer dessus.

Totogi prend alors les restes de l’animal sur ses épaules et tout le monde rentre au camp. Il n’y aura pas assez de nourriture pour tout le monde, mais il y en aura assez pour Kita, Ru et Dumaï. Les plus jeunes enfants auront aussi leur part. Les autres membres du groupe mangeront des racines, des baies et attendront une chasse plus fructueuse.

Les jours qui suivent, bien que son ventre ne la laisse pas en paix, Tumi réfléchit au déroulé de la chasse. Le bâton qu’elle a lancé, toujours planté dans la carcasse lorsque Totogi l’a ramassée accapare ses pensées. Tombé sur le chemin du retour, elle l’a ramassé et l’observe maintenant avec attention.

Elle sait que le bois peut faire mal. Son petit frère est mort lorsque, s’abritant tous d’un orage sous un arbre, une lourde branche a cassé et lui est tombée sur la tête. Comme tous, elle a déjà eu des échardes dans les doigts. Mais jamais elle n’aurait songé qu’un bâton puisse se planter comme une simple écharde, que cela pourrait être une arme.

Le bois pourrait-il servir, lors des chasses, non pas juste à effrayer, mais aussi à tuer ?

Soudain, elle décide d’en avoir le cœur net. Elle se lève, gratte la terre pour créer un monticule meuble de la hauteur d’un genou. Son ventre gargouille, il dit « non ». Elle a faim. Pas d’effort qui ne serve à le remplir. Elle le fait taire. Elle veut savoir. Puis elle va ramasser plusieurs bâtons dans la forêt deux, trois, quatre, etc. Tous de tailles et de formes différentes.

Elle les ramène au monticule et les lance un par un dessus. Certains se plantent, d’autres non. Lorsqu’elle les a tous jetés, elle va les chercher et recommence, améliorant chaque fois son geste, comprenant chaque fois un peu plus.

Lancer le bout qu’on veut planter en avant. Plus celui-ci est pointu, plus les chances de réussites sont grandes. Chouan vient la voir, curieux. Il aime bien Tumi. Elle est maligne. Elle a déjà trouvé de bons abris pour la troupe. Et cette idée de brandir des bâtons en l’air lorsqu’on chasse pour paraître plus grand, faire peur, prendre moins de risques, son idée, déjà. Chouan aime bien Tumi. Il comprend ce qu’elle cherche, s’assoit et observe. Quand elle aura trouvé, elle montrera aux autres membres du groupe et alors ils pourront se défendre contre les hyènes, les fauves et même chasser des proies plus efficacement. Peut-être en prenant moins de risques.

Après de nombreux essais, Tumi vient s’assoir à côté de Chouan. Elle lui raconte ce qu’elle a trouvé : les bâtons peuvent se planter dans la terre. Et s’ils se plantent dans la terre, ils sauront le faire dans la chair. Pour cela, il faut que le bâton ne soit pas moisi pour ne pas se briser dans les mains ou à l’impact, il doit être aussi droit que possible, il faut lancer le bout qu’on veut planter vers l’avant et vers le haut et il faut que ce bout soit pointu. Mais les bâtons ainsi faits sont rares et difficiles à trouver. Tumi n’est pas certaine que ça en vaille la peine. Peut-être le temps passé à chercher ces précieux bâtons sera-t-il trop long ? Peut-être qu’après tout lancer des cailloux suffit pour se défendre et pour chasser ?

« Non ! »

Chouan s’insurge. Il n’est pas d’accord. La découverte de Tumi est importante. Il ne veut plus avoir faim. Il ne veut plus se demander si la troupe passera l’hiver. Et puis, lui aussi a une idée.

Il prend Tumi par la main, l’amène près de la rivière pour trouver un caillou. Il prend le premier venu et amène Tumi auprès d’un arbrisseau. Là, il la lâche, attrape une branche et frappe le nœud avec la pierre. La branche se détache de la plante et il achève de l’arracher.

« Regarde, dit-il, voilà un bâton droit avec un bout pointu. »

Lorsque Tumi et Chouan reviennent auprès du groupe, ils ont une révélation à leur faire. Quelque chose qui sera bon pour le groupe, bon pour la lignée de Mater.

 

***

 

Gami, le petit-fils de Tumi et Chouan a hérité de ses grands-parents le goût de la compréhension du monde. Comme eux, il aime observer, analyser, comprendre, déduire.

Comme eux, il sait tailler les branches des arbrisseaux pour faire des lances solides et efficaces.

Un matin, alors que la lumière renaît à peine, une brume épaisse annonce une journée humide. Tous le sentent. Le temps sera orageux. Mais à quel point, ils ne s’en doutent pas.

L’orage qui éclate quelques heures plus tard est un orage comme il y en a peu. Les éléments se déchaînent. La pluie, la grêle tombent en abondance. Les grêlons sont si gros qu’ils font mal, si nombreux qu’ils recouvrent tout d’un manteau blanc comme si l’hiver était là, rude et froid. Pourtant, c’est le printemps, toute la nature le sait. Le ciel tonne encore et encore. La troupe est sous un abri sous roche, se pensant en sécurité, mais un éboulement tue deux d’entre eux et manque de prendre au piège Gami et le reste du groupe.

Ils fuient tous sous l’eau et la grêle. Les nuages n’en finissent pas de se déverser. Même lorsque la grêle cesse, la pluie continue. Et le lendemain, lorsque enfin l’orage s’achève, le paysage est méconnaissable. Le groupe n’a pourtant pas parcouru une si grande distance, mais tous les cours d’eau sont sortis de leur lit. Il faudra attendre plusieurs jours encore avant que la décrue ne prenne fin.

Plusieurs jours. Sur les rares terres émergées, se côtoient prédateurs et proies, tous réfugiés de la même peur de la mort.

Quand enfin l’eau se retire, Gami, curieux du spectacle, se rapproche des berges du fleuve couvertes de roches charriées par la crue. Il n’a pas l’habitude d’un tel spectacle. Mais plus encore que ces berges sans végétation, certaines de ces pierres l’attirent. Elles ont un aspect bizarre. Elles ne sont pas rondes ou ovoïdes comme le sont d’ordinaire les galets des cours d’eau. Oh, certes, la plupart des cailloux qu’il a sous les yeux ont bien cette forme. Certains autres cependant sont brisés. Comment cela est-ce possible ? Se seraient-ils brisés les uns les autres en se heurtant ? C’est la seule explication plausible.

Kafi, une jeune femme du groupe vient le chercher. Il lui montre ce qu’il a remarqué. Cela le travail sans trop qu’il sache pourquoi. Mais la troupe va partir en chasse et par les temps qui courent, il faut rester grouper. Les prédateurs aussi ont faim.

Gami suit Kafi. Il tente de lui expliquer qu’il y a quelque chose dans ces pierres. Quelque chose de bon pour eux. Quoi ? Il n’en sait rien. Il y a quelque chose, c’est tout. Kafi aime regarder Gami se triturer la tête. Il la fait rire et souvent, ils essaient de comprendre le monde qui les entoure ensemble. Avant d’être revenus auprès des autres, elle se tourne vers lui, l’embrasse et pose la main de Gami sur son ventre. Dans quelques lunes, leur enfant naîtra. Les recherches de Gami devront attendre le retour de la chasse. Pour donner le jour, Kafi doit manger. Gami sourit et oubli ses pierres le temps de la chasse.

Grâce à sa grand-mère Tumi, ce n’est pas une simple antilope qu’ils vont chasser, c’est un zèbre. Un animal bien plus gros et bien plus dangereux. S’ils réussissent, la troupe aura de quoi manger pendant de nombreux jours. Voilà deux générations que les bâtons longs et pointus ont remplacé les cailloux. Ils sont plus efficaces et permettent de prendre moins de risques. Ce soir, le zèbre mourra et la troupe mangera à sa faim. Demain, Gami pourra reprendre l’étude de ses cailloux.

Réfléchissons.

Deux cailloux qui s’entrechoquent se brisent.

C’est bien.

Pourquoi ?

Pourquoi ?

Gami ne voit pas. La solution est là, sous ses yeux, il le sait, mais il ne trouve pas.

Deux cailloux qui s’entrechoquent se brisent.

C’est bien.

Pourquoi ?

Gami décide d’essayer. Il prend deux galets ovoïdes sur la berge et les tape l’un contre l’autre. Rien. Il a besoin d’y arriver pour comprendre. Il le sait. Alors il essaie encore et encore. Quand il s’agace, il jette les pierres et en prend deux autres. Il s’énerve. Kafi rit. Son rire l’agace encore plus. Elle s’approche de lui, prend deux galets au hasard, choque l’un contre l’autre. Du premier coup un éclat se détache. Kafi éclate de rire. Gami est vexé.

Il s’en va, puis revient quelques instants plus tard, calmé. Kafi est toujours là, en train de tailler son galet. Elle lui met dans la main, l’entoure de ses bras, lui saisit les siens pour lui montrer le geste. Pas si compliqué en fin de compte. « Un coup de chance. C’est moi qui l’ai eu, ça aurait pu être toi. » Gami sait enfin tailler. Les jours suivants, il prend un tas de galets, retourne auprès du groupe et les taille tous, travaillant ses gestes comme Tumi en son temps. À une différence près, Tumi savait ce à quoi serviraient ces bâtons à lancer. Lui ignore toujours l’intérêt de ces cailloux taillés. Et puis, alors que lesdits gestes sont devenus presque machinaux, un faux mouvement et du percuteur, il se frappe le pouce. Il crie de douleur. Kafi et les autres se précipitent. Le doigt est presque arraché.

Gami vient de découvrir de la façon la plus douloureuse qui soit l’efficacité de ces pierres taillées pour trancher la peau, la chair, mais aussi les tendons, le bois, etc. De là, les silex et autres outils taillés, comme les mots avant eux, se développeront au sein de toute la lignée de Mater. De là, la confection de vêtements, de couteaux, d’ornements, de flèches, etc.

Vêtus, les descendants de Mater n’auront plus besoin de leur pelage qui se raréfiera. Mais bien avant cela, la lignée de Mater saura fabriquer des outils qui l’aideront à s’adapter aux cinq continents.

Bouton pour découvrir mes livres

La véritable histoire du loup

Bonjour à tous et à toutes. Que de choses… Le Système, roman de Todd Anderson que j’édite, sortira finalement le 08 octobre. C’est-à-dire dans quelques jours. Quant à mon nouveau conte, La véritable histoire du loup, il sortira le 30 octobre. Je viens à l’instant de passer commande de trois cents exemplaires… 😉 https://edition-goutte-etoile.fr

La véritable histoire du loup

Dans la soirée ou demain, le livre sera disponible à la précommande sur le site de la maison d’édition. Et l’e-book du Système, qui est fini, sera lui disponible à la précommande sur Amazon (le broché est déjà disponible à la précommande lui aussi sur le site de la maison d’édition).

Bref, de nombreuses choses avancent. Mes ventes augmentent petit à petit, ce qui est très bien. Cependant, je dois d’ores et déjà recommander les trois Anna : Anna et la Dame du Fond de la Forêt, Anna et le petit ru et Anna et les Marguerite, respectivement tome 1, 2 et 3. En plus de commander mon nouveau conte La véritable histoire du loup tout à l’heure, j’en ai profité pour commander deux cents nouveaux exemplaires de Anna et les Marguerite qui marche très bien. Pour recommander les deux autres, il va me falloir demander un prêt à la banque, car je n’ai pas assez de fonds pour cela… Rendez-vous est prit jeudi matin avec le banquier. J’espère que le prêt sera accepté. Sans cela, je ne sais pas comment je vais faire : je risque de me retrouver à court d’exemplaires !

La formation qui a eu lieu à la mi-septembre a été très instructive. Il va me falloir du temps pour mettre en place tout ce que j’y ai appris, mais j’y travaille dès que je le peux. Contact des libraires, réalisation d’un catalogue, etc. Avec tout ce travail, il faudrait des journées de quarante-huit heures pour faire tout le nécessaire et j’envisage plus que jamais de faire appel à une aide extérieure. Mais pour l’heure, je me concentre sur mes sorties d’octobre : Le Système et La véritable histoire du loup.

Le Système

Côté écriture, je poursuis le tome 2 de ma série Ultimate : Guerre universelle. J’avoue avoir eu un peu de mal ce matin. J’ai retravaillé mes dernières pages qui, après réflexion, ne convenaient pas et j’ai écrit un ou deux paragraphes de plus seulement… Très peu, trop peu. Mais ça avance. En septembre, j’ai aussi commencé l’écriture du quatrième tome des aventures d’Anna : Anna et le jardin de Mme Suzanne.

Bouton pour découvrir mes livres